Habib Souaïdia nous a envoyé une demande de droit de réponse. L'ayant lu attentivement, ce droit de réponse se révèle truffé de contre-vérités et de tentatives de diffamation envers Mohamed Sifaoui. Nous avons donc choisi de ne pas relayer cette propagande, par ailleurs publiée sur internet, mais de répondre point par point aux tentatives de manipulation des faits. La mise au point est signée tantôt Caroline Fourest, tantôt Mohamed Sifaoui.

1- Habib Souaïdia se défend de vouloir dédouaner les islamistes de leurs crimes

SOUAIDIA nie vouloir "entièrement" dédouaner les islamistes de leurs crimes.

Précisions de Mohamed SIFAOUI : Lorsqu'on laisse entendre dans son livre, La sale guerre (La Découverte), que l'attentat perpétré le 26 août 1992 par les islamistes seraient l'oeuvre de la sécurité militaire alors que les islamistes ont avoué ce crime devant le tribunal, que le principal accusé n'était autre que le directeur de cabinet de Abassi Madani, n'est-ce pas dédouaner les islamistes ? Attribuer l'attaque de la caserne de Guemmar ou 7 appelés sont tués aux... militaires, alors que le chef du commando n'était autre que le maire FIS de Guemmar, accompagné par deux anciens « afghans Â» n'est-ce pas là encore dédouaner les intégristes ? Inventer un massacre à Zaatria pour mieux l'attribuer aux militaires alors qu'aucun journal n'avait à l'époque parler de massacre dans ce village et que les villageois interrogés après la publication de la « sale guerre Â» ont tous nié - précisant que leur village n'avait jamais vécu de « massacre Â». Il y a d'autres exemples : ils sont nombreux et ont même été relevés par le tribunal lors des procès qui nous ont opposés.

2- Habib Souaïdia prétend avoir relevé des erreurs factuelles en jouant sur les mots

SOUAIDIA a raison de préciser qu'il n'y a pas eu à proprement parlé de procès entre La Découverte et le général Khaled Nezzar. Mais un procès où le général Nezzar l'a poursuivi en diffamation "pour avoir dénoncé, dans l'émission télévisée « Droits d'auteurs Â», sa responsabilité comme ancien ministre de la Défense dans la terrible guerre conduite par l'armée algérienne contre la population civile". Ce qui dit l'article de Caroline Fourest. Pour être parfaitement précis, les propos poursuivis ont entraîné un procès contre l'auteur de La Sale guerre et son éditeur, La Découverte, l'a couvert.

3- Habib Souaïdia défend son ami islamiste Chouchane

SOUAIDIA : "vous écrivez : 'Chacun fait appel à des témoins. L'auteur de La Sale Guerre, par exemple, s'appuie sur le témoignage d'un ancien militaire converti à l'islam radical (qui fut son instructeur au sein de l'armée) : le capitaine Ahmed Chouchane. Mohamed Sifaoui, quant à lui, accepte de témoigner pour le Général contre SOUAÏDIA'. Outre que vous passez ainsi à la trappe bien d'autres témoignages en ma faveur que vous seriez bien en peine d'affilier à « l'islam radical Â», il s'agit là d'un curieux mélange des genres qui témoigne de votre part, Madame, d'une ignorance évidente des positions du capitaine Chouchane. Chouchane est un islamiste qui a reconnu son appartenance à l'idéologie islamiste et ses sympathies pour le FIS. IL est effectivement « posé Â» comme beaucoup d'islamistes. Vous semblez assimiler Chouchane à une sorte de terroriste international recherché par toutes les polices de la planète. Alors que c'est un homme posé et calme, résolument opposé à toute violence, politique ou individuelle (contrairement au général Nezzar)."

Précisions de Caroline FOUREST : Merci à Souaïdia de confirmer ce que j'ai écrit. Dommage pour lui, il ne sait pas la différence entre le mot "islamiste" et "terroriste". On peut être "posé" et être une ordure, réactionnaire et liberticide. Le fait d'être adhérent du FIS est même un très bon signe dans ce domaine... Mais Habib Souaïdia, aveuglé par sa haine légitime envers l'Armée, trouve cette idéologie visiblement acceptable. Ce qui confirme exactement ce qu'on lui repproche : un deux poids deux mesures, intraitable avec les militaires mais complaisant avec les intégristes. Quand les deux tuent l'Algérie...

4- Habib Souaïdia se moque du monde (à propos du général Zoubir)

Caroline FOUREST : l'une des raisons m'ayant poussé à ne pas publier la lettre de Souaïdia en entier, outre qu'elle est interminable, c'est sa volonté systématique de faire passer des vérités pour des erreurs tout en distillant de parfaites contre-vérités, sans preuves ni début de preuves. Sans oser le dire clairement, il balaye le fait que les services secrets algériens eux-mêmes puissent - en plus des islamistes - chercher à discréditer Sifaoui : " comment « les services secrets algériens Â», en l'occurrence le service d'action psychologique du DRS, à l'époque dirigé par le colonel Hadj Zoubir, bien connu de Mohamed Sifaoui (demandez-lui quelles étaient ses relations avec ce colonel : aurait-il pu dénoncer un journaliste qui s'est toujours fait l'écho complaisant - comme il continue à le faire aujourd'hui - de la désinformation orchestrée par ce service ? " Il dit attendre ces preuves avec intérêt. Il lui suffirait pourtant de demander à l'un des relais bien connu de ce types de rumeurs à l'algérienne, Vincent Geisser, qui a reconnu devant les caméras de ARTE (à voir dans le documentaire "Un homme en colère") tenir ces rumeurs des services algériens eux-mêmes. Amusant quand on sait Geisser, mais aussi Jean-Baptiste Rivoire & co accusent Sifaoui de mauvaises fréquentations simplement parce qu'il lui est arrivé, à lui aussi, de chercher des infos auprès de ces services. Mais à leur différence, Moamed Sifaoui a été condamné en Algérie pour avoir tenu des propos contre Bouteflika et sa politique...

Précisions de Mohamed SIFAOUI quant au général Zoubir : Le colonel Zoubir était jusqu'en 1999 (ou est toujours) le Directeur de la communication pour le DRS. C'est son service qui accordait les autorisations de tournage et qui fliquait les journalistes algériens ou étrangers. Je le connais comme le connaissent tous les journalistes algériens et la quasi-totalité des journalistes étrangers. Je ne pouvais avoir une quelconque affinité avec lui et inversement d'autant plus qu'il était pour les « islamistes modérés Â», c'est-à-dire un réconciliateur alors que j'étais plutôt dans le camp des éradicateurs. Pour la petite histoire, c'est lui - et son service - qui m'a monté un dossier pour me passer au tribunal et me faire condamner pour « outrage à chef d'Etat Â».

Quant à ma mise en cause par les services eux-mêmes... Qui a écrit sur Internet : Mohamed Sifaoui est-il un agent des services algériens ? Aboud Hichem. Et qui est Aboud Hichem ? Un ancien capitaine du DRS, chargé lui aussi de la communication. Il est « réfugié politique Â», mais pour le besoin de son article contre moi, il cite des sources "sûres" au sein des services. Ainsi il y écrit : « Sur sa fiche, il est écrit "élément très entreprenant, instable et versatile" me confie une source sûre qui connaît bien son dossier Â». Son article est inséré dans Algeria watch dirigée par Salima Mellah, une amie de François Gèze et auteure à la Découverte. Quelle coïncidence !

On oublie un point : pourquoi l'agent du « service psychologique Â» que je suis n'a pas étouffé un livre comme La sale guerre. Le titre est de moi. Pourquoi l'agent que je suis a-t-il hébergé Souaïdia à son arrivée à Paris ? Pourquoi l'agent que je suis n'a-t-il pas organisé la disparition de Souaidia avant qu'il ne soit connu ? Pourquoi l'agent que je suis a-t-il, au contraire, présenté Souaïdia à Gèze ? à Jean-Baptiste Rivoire ? Et à tant d'autres... Pour qu'il publie son livre contre les méthodes de l'armée algérienne ! Pourquoi l'agent que je suis a-t-il accepté d'écrire le livre qui allait mettre dans la gène le pouvoir algérien ?

5- Habib Souaïdia nie le "statut de réfugié politique" de Mohamed Sifaoui sous prétexte qu'il a participé, une fois, à une émission de la télévision algérienne

SOUAIDIA : "Avez-vous connaissance d'autres personnes qui se disent persécutées par la dictature algérienne, réfugiés politiques, et qui ont été invitées à participer à une émission de la télévision publique ?"

Précisions de Mohamed SIFAOUI : Je me suis laissé inviter par un journaliste de la télévision algérienne ayant pour nom Mourad Belkacem - qui était un de mes amis personnels. Il a été assassiné (dans des conditions non élucidées) en juillet 2002 après les deux émissions. Je sais que Mourad - qui avait été également mon collègue à la radio Chaine 3 - s'était battu pour m'inviter. Cela servait mes intérêts et si certains des patrons de la TV ont accepté, c'est tout simplement parce qu'il reste des anti-intégristes en Algérie. De plus, je pense que ma position contre LA DECOUVERTE servait alors ponctuellement les intérêts de certains clans du régime.

6- Habib Souaïdia profite de l'ignorance du contexte algérien des Français

L'un des derniers arguments de Souaïdia pour tenter de salir Sifaoui revient à lui reprocher d'avoir choisi l'Armée contre les islamistes (dont on a vu le bien qu'il pensait), dans un contexte où les journalistes algériens étaient décimés par les attentats islamistes...

SOUAIDIA : "Dans l'émission de l'ENTV à laquelle il a participé en juin 2002, il avait affiché encore plus clairement que lors du procès Nezzar son soutien « vigoureux Â» au « régime algérien Â» : « Les islamistes ont essayé de nous complexer en nous disant la chose suivante : si vous n'êtes pas avec nous, vous êtes contre nous et si vous êtes contre nous, vous êtes avec l'armée algérienne. Eh bien, oui ! Je leur dis oui ! Je suis avec l'armée algérienne contre vous ! Â»

Mohamed SIFAOUI : cette phrase est bien entendu totalement sortie de son contexte. À cette émission, j'ai répété ce que j'ai toujours dit : en gros : si j'ai à choisir entre l'armée et les islamistes je choisis l'armée.

7- À bout d'arguments, Habib Souaïdia reconnaît que Sifaoui l'a aidé à rédiger la "Sale Guerre"

Mais comme il ne peut reconnaître que Sifaoui a ensuite été débarqué parce qu'il avait rédigé des passages mettant en cause l'Armée ET les islamistes, et non seulement l'armée, il invente un malentendu plus général visant à "dénaturer son témoignage". Pire, il accuse Mohamed Sifaoui d'avoir voulu garder les droits d'auteurs (dûs en tant que co-auteur, même si son nom n'apparait plus sur la couverture, puisque le travail a été effectué !) Les tribunaux, saisis par Gèze et Souaïdia, ont d'ailleurs donné raison à Mohamed Sifaoui.