Le dernier bilan de l'attentat venant de frapper l'Algérie est lourd : 19 morts et de plus de 60 blessés. Bouteflika, lui, est toujours en vie.

S'adressant à un groupe d'anciens combattants réunis au siège de la préfecture de Batna, il a défendu sa politique de " réconciliation nationale ", qualifiée de " choix stratégique et irréversible du peuple algérien " : " Je dis au peuple algérien et au monde entier que nous avons choisi la voie de la réconciliation nationale.Nous n'y renoncerons pas, quel que soit le prix à payer ", a-t-il lancé avant de rejeter aussi bien " l'extrémisme des islamistes que celui des laïques ".

En fait de ligne équilibrée, cette réconciliation nationale avec les islamistes sert à maintenir coûte que coûte le pouvoir en place, en nationalisant la régression religieuse. Au lieu de profiter de l'aubaine pétrolière (et donc de moyens étatiques et financiers exceptionnels) pour s'attaquer de front à l'éducation et à la démocratisation du pays. Une avancée qui ne peut se faire sans sécularisation, mais que le régime en place redoute car elle pourrait le confronter à de nouveaux contre-pouvoirs issus de cette société civile en marche. Beaucoup moins repoussoirs que les islamistes...

Cette stratégie régressive est en partie justifiée par la volonté d'apaiser et de tourner la page des années de terrorisme. Les attentats de ces derniers mois et de ces derniers jours prouvent son inefficacité. Mais Bouteflika persiste et préfère croire à une peste venue soudain de l'étranger. Comme tous les dirigeants autoritaires du monde arabe chaque fois qu'ils sont désavoués par les faits. Les démocrates laïques, eux, continuent de rêver à une Algérie dont le sort ne serait entre les mains ni d'un régime pourrissant, ni d'intégristes précipitant le pourrissement en rêvant de prospérer sur les décombres.

Caroline Fourest