C'est la seconde fois que le Mouvement des jeunes socialistes m'invitait à participer à l'Université d'été du parti socialiste. La dernière fois, j'avais fait part des mes craintes concernant l'incapacité de la gauche à s'emparer du débat de fond généré par l'après 11-septembre.

Cette année était sans aucun doute plus stimulante qu'aucune autre. Cette fois au moins, les socialistes sont dos au mur et forcés de reconnaître qu'ils n'ont pas été à la hauteur, sur bien des sujets, depuis trop longtemps. Pour la première fois par exemple, un atelier sur "la gauche face au terrorisme" a été programmé. Certes, sur l'agenda du Mouvement des Jeunes socialistes, incontestablement plus novateurs que leurs aînés quand il s'agit d'avoir un peu de courage. Mais c'est un début...

Sur le fond
L'atelier auquel je participais portait sur "la gauche, la Nation et la République". En compagnie de Patrick Weil et Stéphane Pocrain, j'ai insisté sur la nécessité de renouer sans honte avec un idéal républicain exigent, combatif, qui ne troque pas la "diversité" contre l'"égalité", ne tombe ni dans le sécuritiaire ni dans le victimaire, oppose la "crise de citoyenneté" à la "crise de l'autorité", la défense de la laïcité au clientélisme religieux, oppose un axe laïques/intégristes à l'axe Islam/Occident. Une gauche qui sache arracher aux nationalistes cette nation française qui fût longtemps une promesse de progrès. Tout en l'articulant avec une conscience internationaliste faite de solidarité Nord-Sud, au sein d'une Europe repensée comme lieu de résistance commun des Etats-Nations face aux effets pervers de la mondialisation.

Qu'en restera-t-il ? Le débat de fond pour rénover ne fait que commencer. Il faut espérer qu'il survive à la guerre des éléphants et des Lions qui focalisera naturellement l'attention des médias incapables de capter l'essentiel ou trop flemmards pour ne pas lui préférer le superficiel. Mais les médias ne sont jamais qu'un reflet. Si les socialistes souhaitent réellement poursuivre leur rénovation de fond en combles et tracer un chemin qui ne dérive plus au gré des courants, il leur faudra repenser totalement leur façon de fonctionner.

Sur la forme
A commencer par par ne pas accuser de "droitisation" ou de "gauchisation" chaque embryon de nouvelle ligne. Il faut que le débat ait lieu point par point, dans une cohérence guidée par le progrès, l'intérêt commun et l'efficacité. Le seul souci doit être de savoir si cette nouvelle orientation permettra ou non d'aider ceux qui ont le plus besoin de l'Etat, autrement dit les premières victimes de la politique de démantèlement du public au profit du privé en cours. Et non de préjugés ou de références uniquement empruntés au passé.

Les socialistes doivent aussi en finir avec leur incapacité presque idéologique à organiser la synergie avec les intellectuels, les associations, les penseurs citoyens et les leaders d'opinion gravitant autour d'eux. Ils doivent admettre que le rôle d'un parti politique est avant tout de servir de caisse de résonnance pour la pensée novatrice, fut-elle externe, et non seulement de filtre pour tirer la pensée interne vers un consensus mou aussi inaudible qu'immobile. Un domaine où la droite pragmatique a naturellement trois longueurs d'avance.

En parlant de ces universités d'été, Jean-Christophe Cambadélis (dont il faut saluer la capacité à organiser un débat de qualité) a parlé de "pré-logiciel". Il faut espérer que le logiciel saura se nourrir du meilleur, y compris de l'extérieur, capter les énergies. Au lieu de nous jouer un spectacle grotesque et populiste de la "démocratie participative". Une succession de meetings démagos, façon forums internet, où la parole la plus légitime est celle de celui qui n'y connait rien et n'a donc rien n'a dire, mais à qui on fait croire qu'il sait tout et dont on ne retient rien... Puisqu'au final, ce sont bien les organisateurs du forum qui savent ce qu'ils voulaient entendre.

Sans parler de leurs personnalités respectives, il n'est pas étonnant que Nicolas Sarkozy soit apparu beaucoup plus compétent et bien plus pertinent que Ségolène Royal pendant toute la campagne. Tandis que l'un allait débaucher tous ceux qui avaient travaillé et pensé de façon novatrice sur un sujet, l'autre se vantait de n'écouter personne. Uniquement ceux venant chanter dans ses meetings. Surtout pas les experts extérieurs et encore moins les experts internes au PS, dont certains sont pourtant fort compétents, et depuis des années. On connait la suite, les frustrations légitimes générées, le niveau médiocre de la pensée présentée, le risque de voir les experts saisir la première main tendue en face...

Un parti politique n'est pas qu'une machine théâtrale à gagner les élections. Elle doit aussi être un catalyseurs d'énergies intellectuelles, culturelles et au final politique. Il faut donc espérer qu'en plus de chercher un conducteur ou une conductrice, le PS saura changer de moteur et de logiciel. En prenant le temps du débat de fond et d'une rénovation de qualité. Mais sans perdre de vue l'urgence d'une opposition crédible et efficace. Sans quoi le bolide au pouvoir aura vite fait de toute raser.

Caroline Fourest