Samedi 23 juin (par Caroline Brancher)

C'est à un comité national complètement surréaliste auquel j'ai assisté ce week end.
Suite à la pétition « NPNS en colère Â» initiée par Riva Gherchanoc, la présidente du comité de Montreuil, et signée par plusieurs comités pour désapprouver l'entrée de Fadela Amara au gouvernement, l'ambiance promettait en effet d'être tendue. Vu la tournure des évènements, « tendu Â» s'est vite avéré un qualificatif bien faible. Car c'est dans un climat absolument explosif et dans une rare violence verbale que s'est déroulé le CN.

Dès son arrivée à 10h, la présidente de Montreuil, Riva Gherchanoc, s'est vue interdire l'entrée par Sihem Habchi, la présidente par intérim désignée par Fadela Amara.
Seule l'insistance et la détermination de Safia Lebdi, 1ère vice-présidente du mouvement, et d'Olivier Bassuet, vice-président, ont permis à Riva Gherchanoc d'assister au CN, elle qui était bien décidée à faire entendre la voix des « comités en colère Â»
En plus des comités locaux et du comité de Barcelone, étaient également présents : Mohamed Abdi le secrétaire général, Olivier Bassuet marcheur et membre fondateur du mouvement, les membres du Bureau National et bien sûr de nombreux adhérents et sympathisants. Déception pour beaucoup : Fadela Amara était la grande absente de la journée de samedi. Elle était pourtant très attendue. Et pour cause.

Requête explicite des comités

Le Comité National s'est d'abord ouvert par la lecture d'une requête explicite rédigée par le comité de Montrueil. Cette requête explicite demande notamment à la direction du mouvement que :

  • les décisions ou votes qui seront pris dans ce conseil soient rapportés dans un procès verbal, daté et signé par l'ensemble des membres présents (...)
  • la démission de Fadela Amara à la présidence du Mouvement NPNS soit déclarée officielle;
  • la désignation pour la présidence en intérim proposée à Sihem Habchi soit approuvée majoritairement par le vote des membres présents;
  • la date de la prochaine Assemblée Générale soit actée dès aujourd'hui collectivement; les convocations à cet effet seront envoyées au moins quinze jours avant la date par le secrétaire national;
  • le rapport financier présenté et validé par le commissaire aux comptes soit entendu majoritairement par le vote des membres présents;
  • les orientations majeures du Mouvement NPNS soient définies et adoptées collectivement



Lectures des comptes de l'association

Fin mars, la Cour Nationale des Comptes a prévenu par lettre recommandée plusieurs associations, dont NPNS faisait partie, d'un contrôle des comptes. Le 15 juillet, le rapport définitif de la Cour des Comptes sera rendu public.
Mohamed Abdi a poursuivi sur la lecture des comptes de l'association en la présence d'un commissaire au compte, Mr Fontin, qui a quant à lui apporté de nombreuses précisions.
Selon Mr Fontin, les comptes 2006 sont réguliers et sincères : ils sont certifiés sans réserve par lui, toutes les pièces justificatives ayant été fournies.
Toutefois, le commissaire au compte a rappelé les obligations légales de l'association qui a eu par le passé des dysfonctionnements démocratiques. Il souhaite que le rapport de la magistrate remette à plat le fonctionnement de l'association et les organes délibérants. A ces yeux, les statuts de l'association ne sont pas « limpides Â».

Organisation d'un congrès en octobre

La direction NPNS s'est engagée à organiser un congrès d'ici 3 mois pour l'élection de la nouvelle présidente. Concernant les modalités, Mohamed Abdi a déclaré que :

  • Il n'y aura aucune fermeture aux candidatures, n'importe quel adhérent peut se présenter.
  • Pour voter, il suffit d'avoir sa carte d'adhésion 2007. Cette carte peut être retirée jusqu'au 1er septembre 2007. Si des comités n'ont plus de cartes 2007, il faut aller les retirer auprès d'Audrey Faveau membre du Bureau National puis, une fois remplies, les retourner au National.


Le comité de Bordeaux a également exigé de la direction qu'elle fournisse rapidement les modalités pour entrer au conseil qui doit organiser le congrès.

Fonctionnement non démocratique de l'association

Concernant le fonctionnement non démocratique de l'association, Riva Gherchanoc a rappelé que, depuis 2003, aucune assemblée générale ordinaire n'a été tenue.
Si une AG a été organisée à Dourdan en décembre 2006, elle est considérée comme illégitime et illégale par certains membres du mouvement. En effet, les règles pour la tenue de cette AG n'ont pas été respectées.
Comme d'autres, Olivier Bassuet a déclaré « n'avoir jamais reçu de convocations Â», il s'est dit très surpris car il « reçoit pourtant le journal Pote à Pote envoyé à tout adhérent du mouvement Â». Olivier est également « très étonné de voir Sihem vice-présidente alors qu'il n'y a pas eu d'élections démocratique Â» « Des décisions sont prises en conciliabule Â» ajoutera-t-il. Enfonçant le clou, Safia Lebdi a ajouté que « Sihem n'est pas vice-présidente Â» D'autres disent s'être déplacés à Dourdan mais affirment ne pas avoir voté. C'est d'ailleurs le cas de la présidente du comité de Barcelone. Dans ces conditions, Riva Gherchanoc a voulu acter que l'AG de Dourdan est illégale. Sans succès.

Pour expliquer ces « problèmes d'organisation Â», Mohamed Abdi a rappelé les difficultés des débuts de l'association à savoir : pas de local, difficultés d'organisation. Pour le secrétaire général, cette inorganisation s'explique par le peu d'années d'existence de l'association. Des erreurs de jeunesse en somme.
« Oui mais tous ces dysfonctionnements été déjà été remontés à plusieurs reprises aux responsables. Dans ces conditions, pourquoi n'y a-t-il eu aucun changement, aucune amélioration ? Â» ont rétorqué certains : « Tout le monde a été irrité à un moment ou un autre par le fonctionnement de l'association Â»

Olivier Bassuet a poursuivi « aujourd'hui, l'essentiel est de parler des erreurs passées et des obligations légales rappelées par Mr Fontin Â» C'était sans compter sur Sihem Habchi qui rétorquera aussitôt « on n'a pas de temps à perdre Â» ce qui a provoqué un tollé général dans la salle. Abdou, un sympathisant qui a souhaité lui aussi prendre la parole, s'est entendu dire par Sihem Habchi : « tu n'es pas adhérent, tu n'as pas ta carte donc tu n'as pas le droit à la parole ! Â» C'est dire l'agressivité qui régnait.
D'autres veulent commencer à préparer l'après Fadela. Annaig Le Moel, présidente du comité de Morbihan, a exprimé le souhait de « travailler pour la construction et la reconstruction Â» En fin de matinée, certains ont voulu mettre un terme à la réunion pour prendre le temps de « reprendre ses esprits Â» « Si on arrête maintenant, il n'y aura jamais de démocratie dans cette association ! Â» s'est écrié Olivier Bassuet.

Nomination de Fadela Amara au gouvernement

Les adhérents et sympathisants ont appris la nouvelle de cette nomination par la presse mardi après midi et regrettent que Fadela Amara n'ai pas pris la peine de les concerter.
Les réactions vis à vis de cette nomination sont mitigées. Certains acceptent ce choix tout en comprenant que cette nouvelle puisse susciter des « Ã©motions Â» Certains se résignent. Mais d'autres ne le digèrent absolument pas affirmant que c'est une « honte Â», une « trahison Â», que c'est « insupportable Â» Najia, présidente du comité Stains Pierrefitte, n'a pas « l'intention de remettre les pieds à NPNS de sitôt Â»
Riva Gherchanoc a expliqué que Fadela Amara est rentrée dans un gouvernement qui, selon elle, va aggraver les inégalités sociales. A ce sujet, la présidente de Montreuil a rappelé que le mouvement avait toujours fait un lien de cause à effet entre les inégalités sociales et les inégalités territoriales. D'où la contradiction entre Fadela Amara l'emblème du mouvement et son entrée dans ce gouvernement.
Si il est indéniable que Fadela Amara a par le passé tenu des positions extrêmement courageuses, il n'empêche que son entrée risque d'être une catastrophe pour les comités locaux. Et cela malgré le travail de terrain formidable que fournissent les comités pour accueillir des femmes victimes de violences.
Il est un fait que l'entrée de Fadela Amara dans un gouvernement sarkozyste (Sarkozy étant impopulaire dans les quartiers), est une aubaine inespérée pour les indigènes de la République et les islamo-gauchistes de tout poil qui, depuis la naissance de Ni Putes Ni Soumises en 2003, ont toujours usé du mensonge et de la calomnie pour accuser le mouvement de dériver vers la droite de la droite (pour se persuader de cette aubaine, il suffit d'ailleurs de lire la prose haineuse et nauséabonde qui se répand depuis quelques jours sur les sites islamo-gauchistes) Dans ces conditions, comment expliquer le choix de Fadela sur le terrain ? Quel discours construire ? Voici les questions que se sont posées de nombreux sympathisants samedi après midi.
Des adhérents, définitivement déçus, ont évoqué la possibilité de démissionner de leurs comités respectifs. Plus grave encore, certains comités pourraient se dissoudre. Leïla a expliqué que son comité lui était en « crise Â»
La veille, un communiqué du mouvement1, saluant l'entrée de Fadela Amara au gouvernement, a été publié sans aucune concertation avec les comités locaux et les membres du mouvement. Une défaillance démocratique de trop au goût de certains.

Pour calmer des esprits plus qu'échauffés, Mohamed Abdi a précisé que les comités pouvaient d'ores et déjà faire appel à Fadela pour « placer des copines Â» car, a-t-il précisé : « avec la nomination de Fadela, il y a 8 places dans différentes organisations qui se libèrent Â».
Concernant la démission de Fadela (qui n'était pas encore officialisée samedi en début de journée), la direction de NPNS a été assez chaotique dans ses propos.

Mohamed Abdi a d'abord déclaré que Fadela Amara n'avait pas encore démissionné. Pourtant, un communiqué envoyé aux comités quelques jours auparavant affirmait que Fadela avait bel et bien démissionné !
Mais passons ces incohérences. Car ce qui a fait grincer les dents à plus d'un est le fait que Fadela Amara ai pu entrer au gouvernement en tant que Présidente de Ni Putes Ni Soumises !
De plus, des inquiétudes vis à vis de la future indépendance du mouvement ont été exprimées. En effet, Fadela Amara est au gouvernement et elle a elle même choisi Sihem Habchi comme intérim.

« Si la démission n'est pas officialisée aujourd'hui, l'intérim n'a pas lieu d'être. Â» a déclaré Riva Gherchanoc. Grâce à la ténacité de Riva (qui a d'ailleurs fait perdre son calme au secrétaire général du mouvement à plus d'une reprise), la démission officielle de Fadela a donc été actée ce jour2 conformément à la requête des comités lue en début de séance.

Safia Lebdi, qui a pris la parole en fin de journée, a parlé de son engagement auprès de Fadela Amara à Clermont Ferrand, de sa déception quand elle a appris la nouvelle. Safia Lebdi a dénoncé la droite communautariste de Sarkozy qui est le seul gouvernement, a-t-elle insisté, à avoir créé un ministère de l'immigration et de l'identité nationale. Elle a insisté sur le fait que le mouvement se devait d'être indépendant. Revenant sur les erreurs du mouvement, elle a reconnu elle même sa propre responsabilité.
Une dépêche AFP désignant Sihem Habchi comme présidente par intérim est parue en début d'après midi alors que le CN n'était pas encore terminé. Désignant la tribune où se tenaient Mohamed Abdi et Sihem Habchi, Safia s'est écriée « regardez ils se moquent de votre avis ! Â»
Safia Lebdi et Olivier Bassuet ont aussitôt été accusés d'être des « spéculateurs Â» et de vouloir « détruire le mouvement Â». Les insultes ont fusé de toute part. A la bonne heure quand on sait que la dépêche en question3 (dont j'ai pris connaissance le surlendemain) précisait :
« Mme Habchi (..) a été désignée "lors d'un vote à main levée, largement majoritaire, du Conseil national", en présence de 150 délégués des comités locaux, "sur proposition du Bureau national", a précisé un porte-parole. Â»
Il y a de quoi tomber de haut ! Car, non seulement aucun vote à main levé n'a eu lieu samedi mais, en plus, les responsables ont expressément refusé, et cela à plusieurs reprises, l'éventualité d'un tel vote qui était pourtant exigé dans la requête explicite des comités !

L'intervention de Safia Lebdi s'est couronnée dans un tonnerre de cris, d'altercation, de prises de bec entre les uns et les autres. La journée de samedi était close.

Dimanche 24 juin (par Riva Gherchanoc)

Dimanche matin, le Conseil national a débuté par la présentation des actions menées par les comités et les difficultés auxquelles ils faisaient face demandant l'aide du National.
Sarah, du comité de Saint Brieuc, rapportait une situation difficile d'une femme et de ses enfants menacés d'une expulsion avec reconduite à la frontière.
Avec l'aide d'Anaïs, la juriste, Mohammed Abdi a ajouté que le mouvement aiderait le comité dans sa démarche. Par la suite, le comité de Narbonne, a présenté une action phare de cet été pour continuer à sensibiliser et mobiliser l'opinion publique en faisant le tour des plages. Pour cela, le comité de Narbonne a invité les autres comités à les y aider. Ce projet descendra même jusqu'à Barcelone, en accord avec le comité espagnol.

Un projet de l' « hymne à la femme Â» a été présenté par une parolière et une amie auteur compositeur (nous n'avons malheureusement pas pu écouter un extrait)
Olivier Bassuet, du métier également, a proposé à la parolière de la mettre en contact avec des chanteurs et des compositeurs. Là dessus, Olivier a poursuivi (malgré l'insistance de Mohammed Abdi et de Sihem Habchi de lui couper sans cesse la parole) en proposant aux membres du mouvement de signer la pétition contre le Ministère de l'immigration et de l'identité nationale, afin que des comités de terrain comme celui de St Brieuc puisse bénéficier de cet engagement.
La réponse de Mohammed Abdi fut claire et précise: « NON! Â», en prétextant que le National ne pouvait décider sans le consentement des comités locaux.
Nous avons été plusieurs à protester, comme si cela aurait été la première fois que le National actait sans l'aval des comités locaux. Olivier Bassuet a suggéré que la proposition soit votée aujourd'hui par les membres présents.
A cela, Mohammed Abdi s'est levé en tapant du poing sur la table, en hurlant qu'il en était « hors de question Â». A ces mots, l'ensemble des militants se sont affrontés et insultés violemment pendant une vingtaine de minutes.
Ceux qui, déjà la veille, n'étaient pas d'accord avec la nomination de Fadela ont été traités comme des quasi parias par le Bureau National.

Vers midi, alors que la situation était encore très tendue, Fadela Amara, accompagnée de son garde du corps, est venue « simplement pour saluer les copines Â» Ni Safia Lebdi, ni d'autres, n'auront bénéficié de son salut.
Safia Lebdi a voulu la saluer : Fadela lui a rétorqué « toi je ne veux même pas te voir, même pas tu me parles, tu as fait une énorme erreur ! Â». Sur l'insistance de quelques uns, Fadela a tout de même consenti à dire deux, trois mots à l'assemblée. En se présentant comme la « ministre des banlieues Â» et en expliquant que « maintenant Sarko avait du souci à se faire Â», elle n'a pas fourni d'arguments sur son choix, ni annoncé de sa propre voix sa démission officielle. Elle a simplement exprimé le fait qu'elle comprenait que certains avaient du mal à accepter sa nomination, qu'elle remerciait tout le monde, que le combat continuait et que le mouvement resterait indépendant, et enfin bien sûr, qu'elle restait une femme de gauche. Il n'y a pas eu d'autres échanges avec la salle. Le passage de Fadela aura été des plus brefs.

Constat

Dimanche après midi, quelques « comités en colère Â» n'apparaissaient plus sur le site officiel Ni Putes Ni Soumises. Espérons qu'il s'agit seulement là d'un bug informatique et que le webmaster arrangera rapidement cette défaillance qui n'est certainement rien de bien grave.

En effet, il serait dommage que des comités soient exclus du mouvement du jour au lendemain de manière arbitraire, sans procédure ni explications. Car les comités, y compris ceux qui sont en colère, doivent pouvoir mettre à jour leurs cotisations et se procurer leurs cartes d'adhésion 2007 sans quoi ils ne pourront pas voter au congrès d'octobre.

Comment va se constituer la commission qui doit organiser ce congrès ?
Pourquoi justement les trois comités en colère de la région Parisienne (à savoir Montreuil, Stains Pierrefitte et Villeneuve Saint Georges) ont-ils été retiré du site officiel eux qui géographiquement sont parmi les mieux placés pour faire partie de la commission ?

Le Bureau National voudra-t-il imposer la future présidente en usant des mêmes méthodes qu'il a employé samedi pour imposer l'actuelle présidente par intérim ?

Le congrès d'octobre doit être l'occasion d'élire une nouvelle équipe dirigeante intègre, démocratique et indépendante. Mais comment cela sera-t-il possible si tout se prépare en équipe restreinte ?
Les comités en colère doivent peser de tous leur poids pour que l'actuelle direction respecte ses engagements en organisant un véritable vote démocratique.
Malgré les déchirures internes, le mouvement doit se relever, se rassembler. Ce n'est qu'uni(e)s que nous gagnerons le chemin de la démocratisation interne du mouvement NPNS, pour mieux faire perdurer son indépendance et défendre encore et toujours les valeurs d'un féminisme laïque et républicain.

Caroline Brancher et Riva Gherchanoc


1 Ce communiqué a été retiré du site lundi 25 juin 2007. Voir copie d'écran : http://www.prochoix.org/cgi/blog/images/npns-nomination.jpg

2 http://www.niputesnisoumises.com/actualite.php?numactu=270

3 http://www.femmezoom.com/afparticlefemme.php'article=070623162256.x0swf6aw.xml