Salman Rushdie, désormais anobli par Elisabeth II depuis lundi dernier, a fait l'objet de déclarations incendiaires de la part du gouvernement iranien et du Parlement pakistanais.

Le thème de la polémique : le blasphème dont le Royaume-Uni se rendrait coupable en décorant l'écrivain d'origine indienne et auteur des Versets Sataniques, qui lui valu en 1989 le fatwa de l'ayatollah Khomeyni. Condamné à mort par la république islamique iranienne alors qu'il vit au Royaume-Uni depuis l'âge de 14 ans, Rushdie s'active dans la clandestinité parce que sans cesse sous menaces terroristes et tentatives d'assassinat.

L'Iran accuse l'Etat anglais d'«islamophobie» en vertu du principe que "donner une médaille ou anoblir quelqu'un qui est l'une des figures les plus haïes de la communauté islamique est un signe très clair d'islamophobie chez les hauts responsables britanniques" (1)

Rappelons que l'accusation d'islamophobie avait déjà servi d'argument en Iran pour protester contre la récompense attribuée à Marjane Satrapi, au festival de Cannes, pour son film Persépolis...(*)

Le ministre des affaires étrangères Sher Afgan Niazi, a condamné cette décision pendant une réunion de l'assemblée de la Province de la Frontière Nord - Ouest (NWFP), dirigée par une alliance de partis musulmans extrémistes: "Nous exigeons que la Grande-Bretagne s'abstienne de commettre de tels actes qui touchent la sensibilité des musulmans et que la Grande-Bretagne retire le titre de 'Sir' donné à M. Rushdie".

Cette instance pakistanaise exhorte ainsi Islamabad à rompre ses relations diplomatiques avec Londres. Des dizaines d'étudiants s'en sont pris au drapeau britannique, incendié avec des effigies de Salman Rushdie qu'ils ont en prime menacé de mort. Ijaz Ul-Haq, ministre des affaires religieuses, estime que Rushdie pourrait devenir député anglais, et qu'il serait "juste" de "faire exploser une bombe sur son corps" avant que cela n'arrive ! (2) «C'est une source de souffrance pour les musulmans et cela va encourager les gens à commettre des blasphèmes contre le prophète Mahomet» (3)

Cet acte dit d' «islamophobie», de nature à diffamer les sociétés musulmanes, pourrait donc justifier des attentats-suicide face à la haine religieuse que l'initiative britannique est en passe de provoquer. Le porte-parole du ministère pakistanais, Tasnim Aslam, prend le relais du «blasphème« et déplore la décision du palais de Buckingham, puisque chaque religion a droit au «respect» ! Ainsi 1,2 milliard de musulmans sont invités à examiner la «gravité» (4) du problème...

Alors que l'ambassade de Grande-Bretagne à Islamabad, représentée par Aidan Liddle, continue de défendre la décision d'honorer l'écrivain en exil, le quotidien radical iranien Jomhouri Eslami a lancé une violente attaque contre la reine, la qualifiant de "vieille bique", qui "grimace à la face du monde islamique" (5)

Jamais l'attribution d'un titre de noblesse n'avait une telle polémique doublée de menaces de mort directes et indirectes. En Grande-Bretagne, le Muslim Council of Britain en majorité dirigé par les Frères musulmans, a exprimé ses regrets quant à l'honneur fait à Salman Rushdie, «connu pour avoir grandement insulté et blasphémé les premières figures de l'islam» et insiste sur ce (6) «cadeau de départ de Tony Blair au monde musulman».

Nathalie Szuchendler