Ouf. Il n'y a pas d'autres mots. La vague bleue annoncée ne va pas tout emporter. Il reste quelques îlots où s'abriter et d'où espérer faire entendre une voix dissidente, exercer une forme de contre-pouvoir, une certaine vigilance.

Ne nous y trompons pas, ce n'est ni une semi-victoire ni une semi-défaite pour la gauche. Bien qu'elle ait plutôt bien joué sa partie dans ces législatives, elle ne doit sûrement pas se satisfaire d'avoir limité la casse et se remettre profondément en question.

En réalité, ce score est un avertissement pour le nouveau gouvernement. Tout au long de la campagne, les Français qui osaient s'inquiéter du style, de la méthode, de la personnalité et bien sûr des idées portées par Nicolas Sarkozy ont été diabolisés. "Diabolisation", "propos de haine", "antisémites"...

Pourtant, aujourd'hui, il faut l'admettre : si cette contre-vague a été possible, c'est grâce à cette peur commune à des électeurs de gauche mais aussi du centre. Lesquels ne veulent pas voir Nicolas Sarkozy concentrer tous les pouvoirs. Sont-ils totalement délirants ?

Quel est le premier bilan de Nicolas Sarkozy ? A part l'énorme faute de goût à bord du bateau de Bolloré et des T-shirt NYPD dégoulinants de sueurs, quelques très bons points attendus. Un style énergique et rafraichissant, un talent certain pour mettre en scène l'écoute et la consultation (même si elle annonce le passage en force à l'été, la gauche devrait vraiment prendre des leçons).

Mais en politique, le style n'est pas tout. Il y a eu aussi les pressions sur la presse qui ont continué (Cécilia a bien voté cette fois, rassurez-vous, la photo est dans tous vos quotidiens), les mesures fiscales dont on commence à comprendre qu'elles creuseront inévitablement aussi bien les inégalités que les déficits, les franchises médicales annoncées sur un ton paternaliste (pour faire la morale au peuple qui tombe malade par irresponsabilité !), une hausse envisagée de la TVA dont on a essayé de faire croire qu'elle ne toucherait en rien au pouvoir d'achat (sans nous expliquer comment) et puis n'oublions pas cette prestation burlesque de Nicolas Sarkozy au G8 (vues plus de 7 millions de fois sur internet) qui a fait surtout honte à ses électeurs. Les autres se le passent plutôt en boucle, façon sketch, pour rire un peu dans ce monde de brutes...

Oui le reflux de la vague bleue signifie peut-être cela. L'électorat de droite espérait que, comme promis, Nicolas Sarkozy l'impatient se transformerait en homme d'Etat. La mutation tarde un peu, trop pour aller voter une 4ème fois quand on est sûr de l'emporter. En revanche, le style Sarkozy a suffisamment inquiété l'électorat de gauche et même du centre pour qu'ils continuent - eux - d'aller voter malgré la défaite annoncée. Parce qu'ils ne souhaitent pas voir tous les pouvoirs concentrés entre les mains du nouveau président. Parce que la confiance factice de l'Etat de grâce masque en réalité un pays profondément divisé, entre sarko-enthousiastes et sarko-sceptiques. Dans le flot d'images de cette campagne, celle-là manquait. Elle est désormais exposée à l'Assemblée.

Caroline Fourest
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