Je l'avoue : je fais partie de la gauche caviar. Et pire que cela : je n'en ai pas honte. Je m'explique. Depuis des années, on entend parler de « gauche caviar » à propos de cette gauche qui gagne de l'argent et montre des signes de richesse. « Gauche caviar » est devenue l'insulte définitive : quiconque se voit ainsi montré du doigt devrait baisser les yeux et ne plus jamais oser se dire de gauche.

Moi, je suis de gauche. Bien plus à gauche que le Parti Socialiste actuel, celui qui aurait pu prendre Bayrou comme premier ministre. Je réclame une réhabilitation de l'impôt et de l'idée de solidarité nationale. Je veux la préservation des services publics. Je souhaite une équitable répartition des richesses.

Pourtant, cela ne m'empêche pas d'apprécier les belles choses, de celles qui coûtent cher et que tout le monde (y compris moi) ne peut pas s'offrir. Partant du principe qu'on n'a qu'une vie, j'essaie, en fonction de mes moyens, de profiter de cet unique passage sur terre pour goûter parfois ce qu'il y a de mieux. Je n'ai pas honte de dépenser quelquefois beaucoup d'argent pour acquérir des biens dits de luxe, et qui reflètent un savoir-faire et une finition exceptionnels.

Quelqu'un qui me verrait avec un objet onéreux et qui m'entendrait dire qu'il faut prendre l'argent où il est pour aider les défavorisés croirait que je suis un menteur. Pas du tout. Je pense que l'un n'empêche pas l'autre : je suis pour un impôt qui devrait rendre possible une vraie politique de gauche, mais une fois qu'on a payé son impôt, qu'on a participé à la solidarité nationale, on fait ce qu'on veut de son argent. Certains auront une belle voiture, d'autres mettront tous leurs revenus dans leur maison, d'autres encore feront des voyages, par exemple. On n'est pas obligés de faire voeu de pauvreté pour se dire de gauche.

Mais parlons un peu de cette droite qui dénonce la « gauche caviar ». Sarkozy et ses amis font des « réformes » fiscales pour que les riches paient moins d'impôts et pour que la solidarité nationale soit essentiellement assumée par les moins riches, en attendant qu'elle soit tout simplement remplacée par une « solidarité active », c'est-à-dire la charité. Passant du Fouquet's aux yachts de luxe, mentant sur sa déclaration de patrimoine, Nicolas Sarkozy fait partie de la droite caviar.

La droite caviar, c'est l'argent sans la solidarité. C'est le pognon, sans la répartition des richesses. C'est l'oseille, sans l'inconvénient de l'impôt. C'est le fric pour soi, et chacun se débrouille.

Alors, à tout prendre, je préfère être de la « gauche caviar », car dans « gauche caviar », il y a encore « gauche », et ce n'est pas rien.

Stéphane Arlen président de l'association Faire Le Jour www.fairelejour.org