Après la fermeture de RCTV, Hugo Chávez s'attaque à Globovisión, seule chaîne privée d'opposition

Deux jours après la fermeture de Radio Caracas Televisión (RCTV), le 27 mai 2007, le président Hugo Chávez a publiquement menacé la chaîne d'opposition Globovisión, ainsi que d'autres médias comme CNN, en les accusant d'être les instigateurs d'un «vaste plan de déstabilisation» ourdi contre son gouvernement et sa personne.

«En traitant Globovisión d' ‘ennemi de la patrie' et en menaçant clairement les intervenants de la chaîne ‘s'ils ne se calmaient pas', le président Hugo Chávez fait preuve de paranoïa et d'intolérance. Il n'y a malheureusement plus de doute sur ses motivations : l'affaire RCTV n'était que le prélude à une disparition progressive de la presse d'opposition. Les médias critiques s'éteindront jusqu'à ce que seuls les médias progouvernementaux demeurent,» a déclaré Reporters sans frontières.

Le 28 mai 2007, le ministre de la Communication et de l'Information, William Lara, a porté plainte contre la chaîne privée, Globovisión, pour avoir transmis des informations «incitant à la violence». La chaîne a diffusé une vidéo de la tentative d'assassinat du pape Jean-Paul II, en 1981, au moment même où Hugo Chávez critiquait le Pape Benoît XVI. Selon William Lara, ces images seraient un appel au meurtre contre le chef de l'Etat.

Convoqués devant les tribunaux, le directeur de la chaîne, Alberto Federico Ravell, ainsi que le présentateur de l'émission « Aló, Ciudadano » (Allo Citoyen), Leopoldo Castillo, risquent une lourde condamnation.

Hugo Chávez a qualifié d'«attaque fasciste» les actuelles manifestations d'étudiants, de journalistes et d'opposants contre la fermeture de RCTV, qui ont fait plusieurs blessés dans les rangs de la presse, progouvernementale ou d'opposition. Le chef de l'État n'a cessé de comparer la situation présente au coup d'État d'avril 2002, qui l'avait chassé du pouvoir pendant 48 heures. Des milliers d'étudiants ont manifesté, le 29 mai 2007, contre la fermeture de RCTV, et environ 200 d'entre eux ont été arrêtés.

Reporters sans frontières dénonce également les agissements du collectif de journalistes pro- chaviste « Periodistas por la Verdad », relayés par l'Agence bolivarienne d'informations. Ce collectif s'efforce de faire croire que deux prétendus membres de Reporters sans frontières - Enzo Pierini et Carlos Folchi - seraient en train de distribuer des pamphlets haineux envers le président Hugo Chávez. Ces accusations sont d'autant plus ridicules et infondées que les deux personnes susnommées sont inconnues de notre organisation.

«Les autorités ont beau jeu de cautionner ce genre de calomnies alors qu'elles ont refusé les rendez-vous que Reporters sans frontières avait sollicités dans le cadre de sa mission au Venezuela, du 24 au 28 mai dernier. Elles n'ont, semble-t-il, pas accepté que la conférence de presse donnée par l'organisation le dernier jour soit retransmise intégralement et en direct par la chaîne Globovisión», a conclu Reporters sans frontières.

Source : Reporters sans frontières.