La nomination de Rachida Dati a été accompagnée de plusieurs déclarations racistes.

Fille de travailleurs issus du Maghreb, magistrate, elle débute sa carrière en 1987 à Elf Aquitaine. Rachida Dati entre à l'Ecole nationale de la magistrature en 1997 et devient auditeur de Justice au tribunal de grande instance de Bobigny en 1999. Juge commissaire aux procédures collectives au tribunal de grande instance de Péronne de 1999 à 2001, elle occupe le poste de substitut du procureur de la République au tribunal de grande instance d'Evry de 2001 à 2002. En 2002, elle devient conseillère technique au cabinet du ministre l'intérieur et des libertés locales, puis conseillère au cabinet du ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en 2004 et directeur général adjoint au Conseil général des Hauts-de-Seine de 2004 à 2005. Elle rejoint à nouveau, de 2005 à début 2007, le cabinet du ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire en qualité de conseillère chargée du projet de loi sur la délinquance. Membre de l'Institut Montaigne, du club Le Siècle et fondatrice du Club XXIe Siècle, elle devient porte parole du candidat Sarkozy puis après l'élection ministre de la justice.

A gauche comme à droite, plusieurs voix se sont félicitées de voir une "musulmane" accéder à cette fonction. Elevée dans une institution catholique, n'ayant jamais revendiqué une foi musulmanne, ces congratulations ressemblent fort à une assignation. Rachida Dati est peut-être la première femme de parents d'origine maghrebine à être ministre de la justice. Ses parents sont arrivés en France, comme français. Elle est aussi la première femme arabe à accéder à ce poste, mais elle n'a jamais déclaré être musulmane.

D'ailleurs sur les sites se revendiquant de l'islam (bien qu'en réalité plus de l'islamisme), peu de gens sont heureux de sa nomination. Sur Mejliss on peut lire que Rachida Dati est " la copine à simone veil la sionniste", qu'elle est une " beurette islamophobe" ou encore "d'arabe, elle n'en a que la couleur". Bref après l'assignation, la haine.

Mais Rachida Dati n'est pas seulement en ligne de mire des islamistes ou de l'intelligentsia qui confond arabe et musulman. Anne Marie Delcambre, docteur en civilisation islamique et professeur d'arabe au Lycée Louis Le Grand, s'est lancée recemment sur des sites d'extrême droite dans une diatribe hallucinante. Sur les ondes radio de Rockik, Anne Marie Delcambre explique que Rachida Dati, la nouvelle garde des Sceaux, est à la solde de l'islam. Le simple fait que Rachida Dati soit identifiée comme étant originaire d'un pays musulman, lui suffit pour entretenir des soupçons à l'égard de la ministre de la justice. « La nomination d'une jeune femme musulmane dans un ministère sensible comme celui de la justice ne m'inspire pas confiance (...) ça ne me plait pas » déclare Anne Marie Delcambre. Pour elle, l'islam, système traditionnel, exercerait des « pressions naturelles » sur Rachida Dati qui serait donc vouée « à agir comme une musulmane » et par « solidarité » à l'égard de la oumma. Et d'ailleurs, pour conclure, Anne Marie Delcambre expliquera que tant qu'un né-musulman n'a pas désavoué publiquement l'islam, c'est qu'il agit en musulman. Afin de lever toute ambiguïté sur ses véritables intentions au ministère de la justice, Rachida Dati est donc tout simplement invitée à apostasier l'islam au risque évident d'être condamnée à mort par les fanatiques musulmans ... risque qu'Anne Marie Delcambre n'a visiblement pas jugé bon de rappeler.

Par ailleurs, le fait que Rachida Dati n'ai jamais prêté la moindre allégeance que ce soit à l'islam n'a certainement pas pu échapper à Anne Marie Delcambre dont les propos reflètent en réalité trop bien le désormais célèbre adage arabe = musulman = islamiste cheval de bataille de certains courants d'extrême droite.

Caroline Brancher

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