Suite aux violences homophobes qui ont eu lieu samedi 27 mai après-midi, durant la première gay pride organisée à Moscou, de nombreuses associations françaises ainsi que des personnalités politiques ont appelé la France à condamner au plus vite ces violences. Sos Homophobie, l'Inter-LGBT, Act Up-Paris, le CGLBT de Paris-Ile de France, Tapages ont ainsi dénoncé les attaques des militants nationalistes à l'encontre des militants LGBT, en rappelant que ces événements se déroulent au moment même où la Fédération de Russie prend la présidence du Conseil de l'Europe et alors qu'elle présidera le G8 en juillet prochain à Saint-Pétersbourg. Le Collectif contre l'homophobie a aussi demandé à Philippe Douste-Blazy, le ministre des Affaires étrangères, «de convoquer immédiatement l'ambassadeur de Russie en poste à Paris afin de lui signifier la condamnation de la France et d'exiger des explications».

Samedi après-midi, la tentative de gay pride a très vite tourné court malgré la détermination de la petite cinquantaine de militants homos présents (lire notre chronique du 27 mai). Durant près de deux heures, plusieurs groupes réunissant skinheads, babouchkas avec bible et icônes, milices paramilitaires, orthodoxes etc. ont envahi les espaces où les militants homos comptaient faire acte de visibilité, pour les insulter, leur lancer des œufs et des tomates, et les frapper. La police, tout en arrêtant près d'une centaine de skinheads, a également interpellé les principaux leaders de la pride russe qui ont été détenus plusieurs heures.

Nombre des manifestants ont été frappés, à l'instar de Pierre Serne, responsable de la commission LGBT des Verts et membre de l'Ilga-Europe. Le député allemand des Verts Volker Beck a été plus gravement frappé, avant d'être arrêté lui aussi. Pour ceux et celles qui avaient réussi à échapper aux premières attaques des nationalistes mais aussi des policiers, il fut difficile de pouvoir simplement exister dans cette confusion la plus totale. Attaques à coups de parapluies de la part de babouchkas, qui n'hésitent à vous faire de force des signes de croix sur votre visage, crachats, insultes, ont été le traitement réservé aux militants LGBT pendant les deux heures qu'a duré leur action. Le lendemain, les médias russes, contrairement aux médias internationaux, ne faisaient que peu d'échos aux violences de l'après-midi, qui ont eu lieu dans l'artère principale du centre de Moscou.

Malheureusement, l'indifférence était aussi forte chez de nombreux homos du pays qui, le soir même, étaient tranquillement attablés dans leurs bars homos favoris, sans s'être inquiétés de ce qui avait pu se dérouler l'après-midi même. Malgré ce sentiment d'amertume perçu le samedi soir, il n'en demeure pas moins que cette tentative de première gay pride en Russie aura au moins réussi à faire parler de la situation difficile des gays et des lesbiennes dans la capitale et le reste du pays. Le fait que la mairie de Moscou ait interdit la marche, que les violences contre les manifestants n'aient pu être empêchées, montre bien que l'État russe n'est pas prêt à protéger ses citoyens LGBT. La question reste de savoir si les autorités russes agiront pour protéger les minorités sexuelles. Rien ne dit en effet que les attaques contre les bars homos de la capitale ne pourraient pas reprendre. Et les organisateurs de la première pride, particulièrement Nikolaï Alekseev et Ievguenia Debrianskaia, seront encore en première ligne, pour prendre les coups. Ce matin, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, a assuré, lors d'une réunion de l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, de sa volonté de continuer la lutte contre la xénophobie en Russie. Les événements de samedi dernier ont démontré que cela n'est pas encore le cas.

Emmanuelle Cosse

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