Il ne suffisait pas que les réflexes paternalistes et natalistes polonais restreignent encore l'accès des femmes à leurs droits fondamentaux, que la législation actuellement réduite de l'avortement ait été menacée (*) avec la bénédiction des frères Kaczynski.
Les «ayatollahs» au pouvoir s'en prennent une fois de plus au genre féminin dont ils souhaitent éteindre le caractère dit «ostentatoire», en légiférant sur la «bonne» tenue des polonaises. En effet Artur Zawisza, député polonais et membre du parti "Droit et Justice", a déposé une proposition de loi visant à réprimer les "tentations sexuelles", et plus particulièrement le port de la mini-jupe, des décolletés généreux, des chemisiers transparents ou des maquillages insistants.
D'après le magazine Newsweek Polska, Zawisza souhaite voir les jeunes femmes habillées "décemment"... dans l'optique de refouler la prostitution des principales artères urbaines !
Il commente aussi «sa» nouvelle loi qui pourrait entraîner certaines confusions : "Il pourrait arriver qu'une jolie jeune femme se fasse arrêter en rentrant chez elle de discothèque", et ajoute qu'il fait confiance au flair des policiers pour différencier "les femmes respectables de celles aux moeurs légères".

On constate combien les femmes sont devenues particulièrement le véritable bouc émissaire d'une Pologne qui bafoue régulièrement leurs droits, et qui rêve d'un modèle de société où l'unique place de la femme est à l'Eglise et au foyer. La Mère-Polonaise doit être un idéal à atteindre tandis que l'homme, à qui elle obéit, travaille dur et honnêtement et la famille tombe rarement malade. Les soins ne sont accessibles qu'à ceux qui le désirent dans ce pays qui a renoncé au pacte de Varsovie pour intégrer l'Otan avant l'Union Européenne, où les systèmes de Santé, de protection sociale et de retraite sont quasiment privés.
A cette situation précaire s'ajoute la volonté de l'Eglise de saper l'émergence de toute critique et de normaliser les esprits en refusant l'introduction de cours d'éducation sexuelle dans les écoles, en faisant rayer le thème de la contraception des manuels scolaires, en interdisant de mentionner l'homosexualité dans les écoles publiques.
« Cela renforce le sentiment d'infériorité des femmes célibataires et sans enfants désignées par la propagande massive de l'Eglise catholique comme l'anti-modèle par excellence. Les lesbiennes sont dans une situation encore plus dramatique parce que l'Eglise inculque à la société que l'homosexualité est une maladie, une forme de déviation» précise Maria Szyszkowska, sénateur polonais (*) « il n'y a aucune possibilité d'aménager des espaces d'émancipation pour sortir de cette aliénation parce que les manuels scolaires sont au diapason de la doctrine de l'Eglise catholique et que la télévision publique s'interdit toute autre interprétation que catholique. De plus, les télévisions privées existant en Pologne sont toutes ouvertement catholiques. La Radio Maryja et la télévision Trwam propagent non seulement l'intolérance sur le mode catholique mais également l'antisémitisme et la sympathie pour les mouvements néo-fascistes polonais »

On peut réellement saluer le courage des féministes polonaises, d'autant plus que les partis de gauche discriminent les femmes en les plaçant au bas des listes électorales et en leur barrant l'accès aux responsabilités, tandis que le gouvernement actuel ne compte qu'une seule femme ministre.

Nathalie Szuchendler