Alors qu'Al-Qaïda menace de frapper la France pour la punir d'avoir élu le « sioniste » Nicolas Sarkozy, notre nouveau président de la République hésite entre choisir Kouchner ou Védrine au poste de ministre des Affaires étrangères. C'est un peu comme si George Bush hésitait à nommer Michael Moore ou Madeleine Albright pour le seconder à la veille de la guerre en Irak.

Qu'ont en commun Bernard Kouchner et Hubert Védrine ? Rien à part le fait d'être de gauche. Pour le reste, ils incarnent des options totalement différentes en matière de politique étrangère. Autant Bernard Kouchner défend l'extension des valeurs universalistes sans frontières. Autant Hubert Védrine incarne la real politik et prône un relativisme pragmatique dans son dernier ouvrage, Continuer l'histoire (Fayard). Il y fustige autant l'arrogance américaine - celle qui pense pouvoir imposer la démocratie par la force - que l'« arrogance » européenne, celle qui pense pouvoir imposer la démocratie par les idées. Non sans avoir fait une pointe d'ironie à l'intention du French doctor, il y moque « cet universalisme occidental à la fois bien-pensant, bien intentionné, hégémonique, paternaliste et sûr de lui, bouffi d'irréalisme et embrumé d'"irrealpolitik", qui s'est heurté aux réalités ».

Quel contraste avec les discours de campagne de Nicolas Sarkozy ! Je veux parler de ceux où il fustigeait au contraire la « realpolitik » et le « relativisme »...

Védrine n'étant pas né de la dernière pluie, il va visiblement refuser ce poste-piège. Mais Bernard Kouchner, lui, pourrait l'accepter. Quitte à donner le sentiment que Nicolas Sarkozy choisit son ministre des Affaires étrangères pour des raisons que la Raison et même la compétence ignorent.

En fait, notre actuel président de la République ne se préoccupe guère de l'approche géopolitique de son futur ministre des Affaires étrangères... Puisqu'il la fixera lui même par le biais du Conseil de sécurité nationale crée sur le modèle américain. En réalité, la seule qualité requise pour le poste de ministre semble être le quota « gauche alibi ». Pensez, si George Bush avait choisi Michael Moore ou Madeleine Albright pour conduire la guerre en Irak, l'histoire aurait sans doute été différente. Devant le bourbier et la déroute, il aurait sûrement pu rejeter un peu la faute sur l'opposition...

Est-ce le pari de Nicolas Sarkozy ? Dans ce cas, s'il cherche absolument un fusible de gauche pour jouer les alibis concernant sa politique étrangère, nous ne saurions trop lui conseiller de ne pas écouter Ségolène Royal et de nommer un homme qui a fait ses preuves dans ce domaine. Eric Besson, bien sûr. Il ne s'y connaît guère en Affaires étrangères. Mais puisqu'on vous dit que la compétence compte moins que l'infidélité.

Caroline Fourest http://carolinefourest.canalblog.com/