C'est en souhaitant que l'Eglise latino-américaine impulse le respect de la vie, « depuis sa conception jusqu'à son déclin naturel », que Benoît XVI effectue sa première visite en Amérique latine. Tandis que l'opus dei en la personne de Mgr Echevarria* invite les auditeurs de Radio Vatican à accompagner le Pape parce que « la famille chrétienne est d'une grande importance pour le développement de tous les continents et pour une société digne de la personne humaine » ...

Arrivé dans l'Etat de São Paulo, pour une visite au Brésil où se déroulera la cinquième assemblée générale du Conseil épiscopal latino-américain (Celam), Benoît XVI déclare à la foule de 40.000 jeunes catholiques réunis au stade de Pacaembu le jeudi 10 mai, et aux milliers d'autres restées à l'extérieur : « Efforcez-vous de résister fermement aux pièges du mal omniprésents » Outres ses mises en garde contre la consommation de drogues, la violence, la corruption et les tentations de l'argent et du pouvoir, Benoît XVI martèle ses plaidoiries pour l'abstinence et contre l'avortement auprès d'une jeunesse catholique brésilienne connaissant des relations sexuelles précoces.

« L'Église manque cruellement d'outils, pour parler d'éducation sexuelle aux jeunes. Prêcher l'abstinence ne sert à rien, tout le monde a des relations sexuelles », commente le père Emir Rigon* un quinquagénaire qui a délaissé sa robe de prêtre pour le jean, plus pratique sur les routes défoncées de cette banlieue déshéritée, et rappelle les ravages du sida, les mères contraintes de quitter l'école, et surtout le drame des avortements clandestins. « Souvent les adolescentes interrompent leur grossesse de peur d'être mises dehors par leurs parents », dit le père Emir.

Au Brésil, comme dans la majorité des pays d'Amérique latine, l'avortement est interdit, sauf en cas de risque mortel pour la mère ou consécutif à un viol.. Pour avorter, les gamines des favelas ont recours aux pires méthodes. Les plus désespérées s'introduisent une aiguille à tricoter dans le vagin, provoquant souvent une perforation de l'utérus. Les autres fabriquent un thé à base de marijuana ou achètent deux comprimés de Cytotec, médicament conçu pour le traitement des ulcères et pouvant provoquer des hémorragies d'autant plus dangereuses que les adolescentes tardent à se rendre à l'hôpital, parce que culpabilisées. Pointant du doigt l'hypocrisie de la société brésilienne, le directeur du centre d'apprentissage Padre Bello constate : « Les filles des classes aisées vont dans des cliniques qui ont pignon sur rue et payent le prix fort. Les autres vont à la boucherie »

Dans ce pays dévasté par le sida, Benoît XVI, lui, exhorte la jeunesse à résister à « l'hédonisme » des sociétés modernes, à « dire non aux médias qui tournent en ridicule la sainteté du mariage et la virginité avant le mariage » et à cultiver avant tout « des vies limpides et claires » autour du mariage.

Selon une enquête de l'institut Ibope (Instituto Brasileiro de Opinião Pública e Estatística), 96 % des jeunes catholiques sont en faveur de l'usage du préservatif et 62 % jugent l'opposition de l'Église dépassée. Ils sont 79 % à récuser l'obligation d'attendre le mariage pour leur première relation sexuelle. L'abstinence prônée par le pape, «c'est une décision absolument individuelle. Je n'ai rien pour ou contre celui qui souhaite être chaste ou celui qui ne le veut pas. Mais nous ne pouvons baser notre politique de prévention des maladies sexuellement transmissibles et du sida en préconisant la chasteté » a déclaré vendredi la secrétaire d'Etat brésilienne aux Droits de la femme, Nilcea Freire. « Nous préconisons l'utilisation de moyens contraceptifs, aussi bien masculins que féminins, dont l'usage s'est montré efficace dans la prévention de maladies sexuellement transmissibles », a souligné la ministre. «Je respecte la position de l'Eglise et je ne me sens pas le droit d'interférer dans ce qu'elle préconise, mais je pense que la question du combat contre le sida est de la compétence du gouvernement. Nous devons le conduire en fonction des besoins de la population brésilienne »

En effet, par une politique basée sur la distribution de préservatifs, l'administration gratuite de médicaments aux personnes séropositives et la pression sur les grands groupes pharmaceutiques pour la baisse du prix des traitements, le Brésil a endigué l'expansion du sida pendant ces dix dernières années.

Quant à l'IVG, chaque année 220 000 jeunes femmes la pratiquent et se rendent ensuite à l'hôpital. On estime qu'au moins 5 000 personnes en meurent chaque année ou gardent des séquelles qui les rendent stériles. Pointant du doigt l'hypocrisie de la société brésilienne, le directeur du centre d'apprentissage Padre Bello constate : « Les filles des classes aisées vont dans des cliniques qui ont pignon sur rue et payent le prix fort. Les autres vont à la boucherie »

Le président Lula a indiqué de son côté que la question de l'avortement devait être traitée comme un « problème de santé publique », tout en se déclarant contre à titre personnel... La récente décision de la ville de Mexico de dépénaliser l'avortement a déclenché une réaction des évêques mexicains, qui menacent de ne plus donner la communion aux élus ayant voté la loi, dont le maire de gauche de la capitale mexicaine.

Benoît XVI soutient l'épiscopat mexicain : "Ce n'est pas une menace arbitraire, elle est prévue dans le code de droit canon : il est écrit que le meurtre d'un enfant est incompatible avec l'eucharistie." Insistance particulière sur le thème de l'avortement qui agite plusieurs pays de la région, allusion aux réformes en cours d'adoption en Colombie (droits de succession dans les couples homosexuels) : Benoît XVI réaffirme avec force la doctrine de l'Eglise, notamment sur l'avortement, le contrôle des naissances, l'homosexualité et la défense des valeurs familiales.

Nathalie Szuchendler