Alors qu'ils étaient en perte de vitesse, les voilà regonflés à bloc par la victoire de Nicolas Sarkozy. Ce sont les Indigènes de la République. Un mouvement lancés sur les traces d'Une école pour tous et du débat sur les signes religieux à l'école publique, par des sociologues, des gauchistes et des islamistes proches de Tariq Ramadan. Tous ensemble pour faire triompher la posture victimaire sur l'exigence égalitaire, quitte à alimenter les divisions "raciales" (leur approche) au détriment des luttes sociales.

Ils sont assez actifs en marge des mobilisations ayant donné lieu à des débordements aux environs de Bastille depuis quelques jours. Et ils vont sûrement regagner du poil de la bête dans les années à venir. Les extrêmes, c'est bien connu, se renforcent mutuellement. La propagande sécuritaire ne peut que favoriser la propagande victimaire. Alors qu'aucun parti de gauche ni mouvement d'extrême gauche n'approuve les violences et les occupations déclenchées dès le soir du scrutin*, sans le moindre motif solide de protestation, ils placent leurs pions. Ils devraient bientôt prendre l'ascendant. En toute logique, le camp sécuritaire préférera les mettre en valeur pour diaboliser leurs adversaires plutôt que d'entendre les critiques constructives et reconnaître qu'une rupture réelle menace de diviser la France.

Pourtant elle l'est. Car dans ces manifestations de colère, il n'y avait pas que les Indigènes de la Républiques et des anars, loin de là. Mais aussi des étudiants, des précaires, surtout des jeunes, dégoûtés et révoltés (un étudiant de Sciences-Po a pris plusieurs mois de prison ferme pour avoir lancé un pavé !). Car eux savent ce qui les attend. Les quartiers périphériques sont restés plutôt calmes, très peu de jeunes venant des cités ont participé à cette poussé de fièvre anarchiste. Pour l'instant, ils sont carrément assommés, traumatisés. Eux aussi savent ce qui les attend. Mais que personne ne s'y trompe. En cas de manquement grave aux valeurs de liberté, d'égalité et de Fraternité, tout ce peuple là se fédèrera. Avec ce défi de taille : s'unir dans un mouvement social constructif ou se laisser déborder par la violence et les prédateurs victimaires.

En attendant, le PS, PCF, les Verts, l'UNEF, la LCR, ont condamné ces violences. Tout le monde a bien conscience que ces dérapages déligitiment par avance le combat et la vigilance sociale qui devra avoir lieu en cas d'agressions contre les libertés fondamentales. Mais à ce moment là seulement.

Caroline Fourest

PS : pour en savoir plus sur ce face à face sécuritaires contre victimaires, lisez le Choc des préjugés, cruellement d'actualité... http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/Le-choc-des-prejuges