Promis juré, Sarkozy candidat, ce n’est pas le même homme que Sarkozy candidat. « J’ai changé » a-t-il déclaré lors de son investiture comme candidat officiel de l’UMP. Plus calme, plus mûr. Une vraie rupture. Non seulement avec le bilan du gouvernement auquel il a collaboré pendant presque cinq ans, mais avec lui-même ! Les plus admiratifs vantent sa soudaine capacité à l’autocritique.

Les plus sceptiques font remarquer qu’à force de rompre avec tout ce qu’il a fait la seconde d’avant, on ne sait plus bien à quoi va ressembler sa France d’après… En tout cas, voilà qui complique sacrément la tâche de ses adversaires et même les dîners en ville. Car de qui parle-t-on au juste quand on parle désormais de Nicolas Sarkozy ? De l’homme pressé qui a transformé le ministère de l’Intérieur en instrument de pré-campagne quitte à initier une police d’abattage, flatter les identités communautaires et la moindre bondieuserie en guise de lien social, couru après une photo aux côtés de Georges Bush, et fait flamber les quartiers populaires comme des Merguez ? Ou de l’homme qui, lors de son discours d’investiture a promis de respecter les institutions, l’indépendance de la France et a cité 52 fois le mot « République » : « Si nous voulons que la République redevienne un projet partagé, il nous faut passer de la République virtuelle à la République réelle. »

Contradiction sur la Constitution
L’intention est là mais pas encore le réflexe. Dans le même discours, Nicolas Sarkozy a voulu rassurer la droite républicaine en promettant qu’il ne toucherait pas à la Constitution. Mais dans son équipe de campagne, on lâche volontiers « c’est pas grave, on révisera » chaque fois qu’un désir se heurte au cadre institutionnel… D’ailleurs, dans ses écrits comme dans ce même discours, Sarkozy souhaite que le président de la République puisse s’expliquer devant le Parlement. Ce qui est absolument contraire à la Constitution actuelle.

Les commentateurs ne l’ont pas relevé. Ils n’ont retenu qu’une seule chose : Nicolas Sarkozy se hissant au niveau des grands hommes en citant Hugo, Zola, Camus, Blum et Jaurès, que des hommes de gauche. De fait, s’il avait dû taper à droite, pour trouver un équivalent, il aurait dû citer Maurras et Antoine Pinay… Pas très « tranquille » comme rupture. Heureusement, il a pris soin de rendre hommage à Georges Pompidou — pour avoir « su éviter le pire en mai 68 » — mais aussi à Simone Veil pour la légalisation de l’avortement. Alors tant pis, s’il a tendu la main « aux travailleurs qui ont cru à la gauche de Jaurès et de Blum » pour mieux démanteler les services publics et restreindre le droit de grève par l’instauration d’un service minimum, c’était beau ! Oui vraiment. Un discours d’homme d’Etat, cultivé, responsable et républicain, signé Henri Guaino… Un savant mélange de gaullisme social et de chevènementisme que l’équipe Sarkozy a récemment recruté pour donner du crédit au changement. Histoire que le candidat Sarko ne fasse pas trop tache lorsqu’il pose devant son nouveau slogan « la rupture tranquille ». Une vraie « mue ».

La "mue"
C’est le nom donné à cette transformation d’image par l’équipe de campagne de Sarko. En particulier sur l’insistance de Cécilia Sarkozy. Elle devait en avoir marre de l’entendre parler de « rupture » à tort et à travers depuis son escapade… Mais la vraie raison de cette mue, ce sont les sondages. En juin 2006, une enquête réalisée par TNS-Sofres pour le Figaro Magazine révélait que 55 % des Français se disaient inquiétés par Nicolas Sarkozy. Pas terrible pour un candidat de la sécurité, qui est donc censé rassurer. Heureusement, une émission bien calibrée, un changement d’image, un nouveau slogan (et quelques séances de yoga ?), plus tard... Le trouillomètre de ceux qui se sentent en insécurité à l’idée de le voir s’installer à l’Elysée baissait.

Caroline Fourest & Fiammetta Venner