En choisissant Doc Gynéco pour faire oublier son image déplorable auprès des banlieues, Nicolas Sarkozy ne devait pas s’attendre à ce que son nouvel ami prenne son rôle autant au sérieux. On se croirait dans un film de Claude Zidi, avec Doc Gynéco dans le rôle de Pierre Richard ou à l’affiche du film « Le boulet ».

Sarkozy voulait juste un peu de couleur, pas par communautarisme bien sûr, juste pour égayer : « Comme dans les quartiers, il y a beaucoup de gens de couleur, je ne voulais pour rien au monde qu’on puisse associer mon combat à une sorte de coupure avec nos compatriotes de couleur. Moi, je hais le racisme, je déteste la discrimination. J’ai trouvé que donner (…) à Doc Gynéco – qui n’est culturellement pas sur la même ligne que moi – c’est une façon de donner la parole et de respecter un homme de couleur. » (Le Parisien, le 20 octobre 2006).

Le problème, depuis, c’est que Doc Gynéco parle du candidat-ministre comme de son « petit maître à penser ». Ce qui n’est guère flatteur pour un homme qui cherche à incarner le dynamisme politique. Gynéco a dû croire qu’il l’avait vexé en le traitant de « petit » parce qu’il a publié un livre intitulé « Les grands esprits se rencontrent », où l’on voit la main de Sarkozy sur l’épaule du rappeur… Qui joint au livre un disque avec trois de ses titres. Il faut bien vivre quand vos ventes se cassent la gueule et que tous les mecs de banlieues qui achetaient encore vos disques veulent maintenant faire de même. Sur la défensive, Gynéco s’est fritté avec tout ce que le PAF compte d’Arabes et de Noirs (heureusement pour lui, la discrimination positive n’a pas encore fait effet, il ne sont pas trop nombreux).

Heureusement aussi, Franck Tapiro (qui était à l’époque un proche de Sarko) lui a trouvé le contrat avec Virgin Mobile. Un coup de pouce bienvenu car il est condamné à un redressement judiciaire pour une amende de 700 000 euros depuis le 8 décembre 2006… Mais n’allez pas chercher une raison bassement matérielle à ce ralliement enthousiaste à Nicolas Sarkozy. En 1995, déjà, Doc Gynéco soutenait la droite et Jacques Chirac. Il assume son désir de défendre la nation, « une idée sociale, une idée de droite ».

Il dit n’avoir pas « chanté la haine anti-flic » mais en 1998, il a écrit une chanson intitulée un morceau, « Hexagonal », où il tient des propos que désapprouverait un ministre de l’Intérieur : « La France est un pays de flics. À tous les coins d'rue y'en a cent. Pour faire régner l'ordre public. Ils assassinent impunément. » L’avantage, depuis, c’est qu’il tape surtout sur les banlieusards : « Les banlieusards, c'est des clowns. Ils sont choqués d'avoir entendu "racaille" ou "Kärcher" quand tous les jours entre eux ils s'insultent ». Il est sans doute sincère lorsqu’il déclare : « Je suis fatigué d'être sous perfusion sociale et je ne suis pas un assisté. Nicolas Sarkozy m'a convaincu de pouvoir être autre chose. » En revanche, on ne comprend pas bien où il veut en venir lorsqu’il explique : « Les voix qui sont intéressantes sont les voix de ceux qui sont indécis quand ils sont près de l'urne, les voix des gens de tous les extrêmes, anti-femmes, anti-homos, contre les races. Et c'est ces voix-là dont on aura besoin pour ne pas commettre d'erreur. » Pas clair.

En tout cas, le Doc se défend d’être anti-femmes. Dans son livre, ce grand esprit se livre : « Je parle aux femmes comme a n'importe quel être humain (épatant, NSA) ». Mieux, nous dit-il, « Si la libération des femmes n'était pas née, je l'aurais inventée. Je la libère chaque matin, dès que j'ouvre les yeux. » Très fin, décidément ce soutien de Nicolas Sarkozy qui accuse par ailleurs les rappeurs d’entretenir le sexisme et la haine.

Caroline Fourest & Fiammetta Venner