Affichant sa volonté de « toiletter » la loi de 1905, Nicolas Sarkozy a confié une mission de « réflexion juridique sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics » à une commission de sages — composée de religieux et de partisans de la nouvelle laïcité — qui propose courtoisement d’abattre son esprit même…

Sans surprise, la commission dirigée par le professeur Machelon a regretté l’existence de montages juridiques anarchiques permettant à certaines municipalités de faciliter l’implantation de lieux de culte mais à d’autres de la refuser. Elle a conclu à la nécessité d’encourager les communes à subventionner directement la construction de nouveaux lieux de culte. Et ce, en dépit de l’article 2 de la loi de 1905, spécifiant que « l’Etat ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Cette réforme pourrait notamment favoriser les passerelles entre la loi de 1901 et celle de 1905 pour permettre aux associations non cultuelles de soutenir davantage les associations cultuelles. Une demande formulée entre autres par la Fédération protestante de France, très demandeuse de souplesse en matière de laïcité depuis qu’elle a admis en son sein les adventistes et qui vient de nommer à sa tête un évangéliste.

Pour une laïcité mort-vivante
Dans une tribune intitulée « Pour une laïcité vivante » et adressée à La Croix juste après la sortie du rapport Machelon, le 21 septembre 2006, Nicolas Sarkozy écrit : « Il n’est pas juste que les fidèles des confessions en expansion récente sur notre territoire, l’islam sunnite et le christianisme évangélique, rencontrent des difficultés pour pratiquer leur culte. » Un regret déjà énoncé dans La République, les religions et l’espérance, où le fait d’autoriser les pouvoirs publics de financer directement des lieux de culte est présenté comme le moyen de permettre à l’islam de France de rattraper son retard, mais surtout de le couper des influences étrangères.

Cette idée séduit, même à gauche, mais repose sur un diagnostic biaisé. En effet, selon les RG, il n’existe que trente caves servant de mosquées hors contrôle. Ni ses réseaux sous-terrains, ni même les intégristes institutionnalisés de l’UOIF n’accepteront de recevoir le moindre subside de l’État français si cette aide est couplée avec un quelconque contrôle. Les premiers parce qu’ils méprisent l’État français. Les seconds parce qu’ils ont déjà tous les mécènes nécessaires et qu’ils souhaitent rester hors contrôle.

Si la loi de 1905 venait à être modifiée, elle ne servirait qu’à construire des Églises évangéliques et des mosquées en plus des 1554 mosquées et salles de prière déjà recensées (il s’en construit chaque mois de nouvelles grâce aux dons des fidèles). Sans aucune garantie quant à leur devenir, les élus locaux n’étant ni formés ni suffisamment insoupçonnables de considérations clientélistes pour faire la différence entre un imam intégriste et un imam moderniste. Ce qui vaut pour Sarkozy et ses amis du « neuf-deux ».

En septembre 2004, le ministre de l’Intérieur est allé inaugurer une mosquée dirigée par un imam de l’UOIF — que son ami Manuel Aeschlimann, maire d’Asnières, a contribué à faire agrandir. Sitôt la fête d’inauguration passée, Le Parisien révèlera qu’on y a découvert 10 000 exemplaires du livre de Sayyed Qotb — À l’ombre du Coran —, qui théorise le meurtre des tyrans apostats et dont s’inspire Ben Laden.

Caroline Fourest & Fiammetta Venner