Non, Nicolas Sarkozy ne doit pas devenir le prochain Président de la République le 6 mai prochain. La rencontre entre le candidat de l'UMP, un homme qui n'a jamais pris la peine de masquer sa soif de pouvoir et n'a jamais cherché à servir l'intérêt général, et les institutions de la Vème République est un danger pour la France. Lorsque le général de Gaulle a proposé d'élire le Président de la République au suffrage universel direct, il n'a pas accordé la souveraineté au peuple mais a organisé une cérémonie d'allégeance au vainqueur. La personnalisation qui en résulte s'avère incompatible avec l'élaboration d'un projet qui réponde aux aspirations et aux intérêts de la population. L'intérêt général ne peut se confondre avec l'ambition d'un seul homme.

La porte a donc été grande ouverte à une nouvelle dérive bonapartiste de notre pays. Depuis, personne n'a pris la peine de la refermer et elle risque de nous claquer sévèrement au nez. Car celui qui aura le mieux manié la flatterie, celui qui aura le plus cultivé les peurs tout en prétendant pouvoir y répondre, celui qui aura le mieux menti, pourrait se retrouver le 6 mai à la tête de notre pays, indéboulonnable pendant cinq années.

Pour parvenir à ses fins, il a segmenté le corps social en autant de catégories qu'il pouvait faire de promesses et de flatteries : il est ainsi passé maître dans l'art du double discours, car, ce qui lui importe est d'envoyer des messages à des cibles bien définies, et non de dire ce qu'il pense.

Il s'est aussi assuré l'appui d'un appareil médiatique tout dévoué à sa cause. Par intimidation ou par intérêt, les grands groupes de média labourent son sillon sans relâche. Il s'appuie enfin sur un appareil partisan féodal, conquis de haute lutte au nez et à la barbe de celui-là même qui lui aura servi de modèle.

Ainsi, Nicolas Sarkozy est en passe de réussir le tour de force de se faire élire alors même que le peuple le rejette majoritairement.

Parce que le Président de la République ne peut être un homme qui se qualifie lui-même d'« étranger dans son propre pays », un individu fasciné par le modèle anglo-saxon, allant à rebours de l'écrasante majorité des Français qui sont attachés à la laïcité, opposés au communautarisme, révoltés par les discriminations, fussent-elles positives.

Parce que le Président de la République doit représenter tous les Français, les rassembler et assurer la cohésion nationale, cette fonction ne peut revenir à une personnalité qui manie en permanence l'arrogance, le mépris et l'intimidation.

Parce qu'un projet qui cultive les peurs, et prétend y répondre en menaçant les libertés individuelles et en malmenant l'institution judiciaire, ne sera jamais un projet humaniste. Parce que nulle part en France, et dans les banlieues moins encore, la religion ne peut apporter une quelconque réponse à la faillite sociale et à la sûreté trop souvent menacée. Parce que les principes hérités de la Révolution française ne doivent pas être remis en question du fait de la volonté autoritaire d'un seul homme.

Parce que les acquis sociaux sont la propriété du peuple qui les a conquis et non pas d'un clan qui accaparerait pouvoir politique, pouvoir économique et pouvoir financier.

Pour toutes ces raisons, Nicolas Sarkozy ne doit pas devenir le prochain Président de la République.

Le Bureau National de l'UFAL