Une journaliste de l’AFP, Raphaelle Picard, a dû changer de secteur à la suite d’une dépêche relatant les bavures en série constatées lors de l’opération de police aux Mureaux en octobre 2006.

En date du 4 octobre, le reportage est intitulé « La colère des “perquisitionnés par erreur” dans une cité des Mureaux ». L’article raconte notamment l’irruption à l’aube dans l’appartement d’une famille musulmane réunie dans la salle à manger pour le traditionnel repas avant le lever du soleil : « Une vingtaine de policiers ont fait irruption dans l’appartement, ils nous ont fait tomber au sol, avec un coup de pied, mon frère et moi », raconte Adama, dix-sept ans, portant un hématome au visage après un « coup de matraque ». « Ils m’ont écrasé la tête par terre comme une merde », ajoute le jeune garçon. Il affirme que des policiers, dans la précipitation, ont également poussé sa mère par terre, lui ont renversé de l’huile chaude sur un pied et jeté à terre les aliments tandis que les deux frères étaient menottés et les autres membres de la famille alignés dans le couloir, mains sur la tête.

Adama confie son désir de « se venger ». Les yeux de Workya, une des filles de la famille, étincellent de colère. Son fils de deux ans et demi « s’est fait braquer un pistolet sur la tempe » dans sa chambre. La jeune femme de vingt-sept ans n’a pas pu se rendre à son travail ce matin. Elle veut porter plainte. « Pour eux, on est juste une famille d’Arabes et de Noirs, ils nous considèrent comme des animaux », affirme-t-elle. Ce jour-là, visiblement, les policiers, entourés d’une nuée de journalistes comme chaque fois que Nicolas Sarkozy les envoie faire le spectacle, étaient particulièrement nerveux. Ils ont défoncé pas mal de portes, mis les gens à terre et braqué des enfants… pour rien. Le seul tort de la journaliste est de le raconter.

Son reportage, sourcé et documenté, a valu à l’AFP de très importantes reprises dans la presse nationale et régionale, écrite et audiovisuelle. Mais il a aussi coûté la rancœur de la police et de sa hérarchie, qui a fermé ses sources et gelé tout contact avec la journaliste. Ce que le syndicat autonome des journalistes dénonce comme une forme d’ « interdiction professionnelle » dans un communiqué : « Le but poursuivi par le ministère de l’Intérieur est limpide : interdire à Raphaëlle Picard de faire son travail de journaliste et pousser la direction de l’AFP, au pire, à mettre fin à sa collaboration, au mieux, à procéder à sa mutation. » Soutenue, la journaliste a passé quelques semaines au service des informations générales avant de reprendre son poste. Mais, pour Dimitri de Kochko, journaliste à l’AFP et membre du SNJ (le Syndicat national des journalistes) : « Ce qui s’est passé avec l’affaire Picard nous paraît inquiétant pour l’avenir. »

Caroline Fourest & Fiammetta Venner