Le 25 août 2005, après hésitations, Paris Match fait sa une sur Cécilia Sarkozy, qui « a passé l'été entre New York et Paris » avec le publicitaire Richard Attias. Le numéro s'arrache. 900 000 exemplaires en plein été. Arnaud Lagardère, qui se considère comme le « frère de Sarkozy », n’a été prévenu qu’une fois la couverture sous presse. Il appelle son quasi-frère pour s'excuser et lui explique avoir été mis devant le fait accompli. Mais Sarkozy ne décolère pas et se dit trahi.

Alain Genestar est prévenu. Patron de la rédaction depuis 1999, il est sur la sellette. Commence une année de pressions. On lui propose plusieurs postes pour l'éloigner du titre, notamment directeur des rédactions du groupe. Il refuse. Mais, officiellement, il n’est pas menacé.

Le 25 novembre 2005, interviewé sur i-télé par un autre ami de Nicolas Sarkozy, Jacques Chancel, à propos « des journalistes qu’on vire », Lagardère a toutefois cette phrase un peu abrupte : « C’est la vie, je crois que c’est parfois nécessaire… Ça ne veut pas dire qu’on est cruel, parce qu’en écartant un journaliste… on laisse sa chance à un autre. » La rédaction de Paris Match est au bord de la mutinerie. Lagardère rassure tout le monde, « tout va bien ». Sarkozy ne lui aurait jamais demandé la tête de Genestar, qui est même reçu place Beauvau pour couper court à toute rumeur. De son côté, le patron de la rédaction tente d’arrondir les angles. Alors que la crise avec Sarkozy est encore chaude, une phrase de l’interview de Yannick Noah est coupée… Celle où il déclarait : « Si jamais Sarkozy passe, je me casse ! » Mais la pression continue.

En juin 2006, pour la première fois depuis 68, l'équipe de Paris Mach se met en grève pour soutenir Genestar… qui finit par être débarqué un an après le début de la crise. En novembre, il déclarera au journal Le Monde : « Le ministre de l'Intérieur, quand il affirme n'être pour rien dans mon licenciement, ne dit pas la vérité. »

Caroline Fourest & Fiammetta Venner