Marianne vient de publier un très bon article sur les relations entre Sarkozy et la presse. Il y a un mois, lorsque nous préparions le supplément consacré notamment à ce thème pour Charlie Hebdo, il nous a raconté comment le candidat de l'UMP avait tenté de faire fermer son journal...

Dans quel cadre avez-vous eu affaire aux foudres de Nicolas Sarkozy ?

Sarkozy nous a pris en grippe, ce que je trouve tout à fait normal. Notamment à cause d’un dossier où l’on se demandait en couverture « Sarkozy est-il fou ? ». À l’intérieur, on avait demandé l’avis de douze psychiatres.

Comment a-t-il réagi ?

Dans un premier temps, il a appelé partout en criant. Il a essayé par tous les moyens de me rencontrer. Ce que j’ai refusé. Je ne rencontre pas non plus Ségolène Royal…

Est-il vrai qu’il a fait pression sur l’un de vos soutiens financiers, qui se trouve être comme l’un de ses très proches amis ?

Lorsque nous avons monté le journal, pour éviter le risque d’une OPA, Maurice Szafran et moi avons emprunté de l’argent à titre individuel pour être sûr de détenir 40 %. Sarkozy a obtenu le nom de l’un des bailleurs de fonds à qui nous remboursons l’emprunt chaque mois avec des intérêts. Et il lui a dit : « Au nom de notre amitié, je te demande d’exiger d’eux qu’ils remboursent tout de suite. » On parle de plusieurs millions ! Il croyait torpiller le journal, mais on se serait peut-être même retrouvés en prison… Heureusement, notre « actionnaire » n’a pas cédé.

Il s’en est tenu là ?

Il a demandé à un autre ami d’organiser un petit déjeuner dans l’idée de débarquer à l’improviste pour me parler. J’ai senti venir le coup et je n’y suis pas allé, mais Maurice Szafran et Nicolas Domenach, oui. Il est arrivé et il s’est mis à les montrer du doigt sur un ton très violent : « Vous voulez savoir ce que c’est qu’un journal d’enculés ? Voilà un journal d’enculés ! Vous voulez savoir ce que c’est qu’un journal antisémite ? Voilà un journal antisémite ! Vous voulez savoir ce que c’est qu’un journal fasciste ? Voilà un journal fasciste ! » Cela ne me choque pas, mais il a un style assez hard. Jusqu’au bout, il essaie le charme, et, si ça ne marche pas, c’est la brutalité totale. »

Propos recueillis par Caroline Fourest