Dans les rédactions, on sait que ses colères ont déjà coûté cher. Surtout sous l’ère Balladur, entre 1993 et 1995. À l’époque, Sarko n’était pas en période de quasi-cohabitation (puisque Chirac n’était pas président !), mais totalement aux manettes du gouvernement. Déjà, il ne supportait pas de voir des journalistes se montrer trop pointilleux et foutre en l’air sa com’.

À France 2, on n’a pas oublié une séquence du journal de 20 heures face à Paul Amar. Le secrétaire d’État au budget vient de présenter sa loi sur les finances et son plan pour baisser les impôts. Il n’est pas peu fier. Sauf qu’avec Sarkozy il faut toujours se méfier des chiffres et refaire le calcul. Eve Métais, responsable adjointe du service économique, l’a fait. Un reportage tout simple mais carré, où elle montre, chiffres à l’appui, que la baisse des impôts sur le revenu a été accompagnée d’une augmentation de la CSG et qu’au final l’État s’apprête à ponctionner plus lourdement les Français. En plateau, Sarkozy sort de ses gonds et accuse la journaliste de malhonnêteté ! Blême, Paul Amar n’ose même pas le contredire et zappe la question. La baisse d’impôt fictive est entérinée dans la suite de l’interview comme un « cadeau » fait aux Français. Le lendemain, ladite journaliste est déclassée et mise au placard. Il lui faudra deux ans pour retrouver un poste équivalent.

Caroline Fourest & Fiammetta Venner