Sarkozy a débattu pendant une heure avec des habitants et des responsables d'associations d'une cité populaire de Meaux, dans un climat plus que tendu le vendredi 13 avril.
Le candidat avait soigneusement fait préparer cette rencontre par sa porte-parole Rachida Dati… un genre Condoleezza Rice, et le ministre délégué au Budget Jean-François Copé, maire de Meaux. Même s’il est arrivé avec une heure et demie de retard à ce rendez-vous fixé trois jours plus tôt.

Au total, une heure de discussion enflammée, ponctuée de "calmez-vous", "laissez-le parler", lancés à l'assistance par Karim Zéribi, président du "Parlement des banlieues", chargé de conduire les débats. K. Zéribi, ancien conseiller de J.P.Chevènement qui ne cache pas sa préférence pour la candidate socialiste S. Royal, a pris soin de ménager le candidat de l'UMP dans un premier temps : "Je suis à gauche, mais je crois que vous êtes un démocrate. Je ne suis pas d'accord avec ceux qui vous diabolisent". Puis de l’interpeller directement : "Nous n'égorgeons pas de moutons dans la baignoire" lors de fêtes religieuses musulmanes. "Nous avons des abattoirs, des vétérinaires", lance-t-il, déclenchant des applaudissements dans la salle.

Sarkozy assure que personne autant que lui "n’a autant fait pour que les musulmans français puissent vivre dans la dignité, l'égalité, l'honnêteté", et se rapproche de la foule pour défendre la "discrimination positive"… "Est-ce que vous allez retirer ‘kärcher’ et ‘racailles’", lui demande un homme d'origine africaine. Et l'ancien ministre de l'Intérieur de ré expliquer les conditions dans lesquelles il a été amené à prononcer ces deux mots, avant de conclure: "non, je ne les retire pas"(…) "J'ai bien l'intention de continuer à dire qu'un voyou est un voyou et qu'une racaille et une racaille", ajoute-t-il. "Mais je n'ai jamais dit que tous les jeunes d'Argenteuil étaient des voyous ou des racailles." L'ex-ministre de l'Intérieur est aussi interpellé sur les contrôles policiers au "faciès", la nomination de préfets musulmans, son projet de politique "d'immigration choisie".

"Quand je vous écoute parler à la télé, j'ai envie de vomir. Vous me faites peur. Nous, ici, on vit tout ensemble, les Noirs, les Arabes, les Chinois", affirme un homme revendiquant haut et fort sa nationalité française et son statut d'entrepreneur.

"Ce n'est pas la peine de me montrer du doigt comme ça !" réplique le candidat. "Non seulement je n'ai jamais insulté vos compatriotes de confession musulmane, mais je les ai aidés." Et de promettre sous les huées, que s'il est élu président, il mettra en œuvre le "plan Marshall 2" pour que tous aient "une formation, une qualification, un emploi". Il s’agit d’un plan de formation en entreprise et rémunérée, pour 250.000 jeunes des quelque 750 quartiers les plus défavorisés de France."Avant la fin 2007, on l'a fait voter, on a mobilisé les crédits, on s'est mis d'accord avec les partenaires sociaux. On commence à l'appliquer dans un certain nombre de quartiers au début 2008, c'est-à-dire première application de ce plan Marshall le 1er janvier 2008", promet-il en Seine-et-Marne, ce vendredi 13 avril. CPE nouvelle donne ? Avec quels collaborateurs, avec quelles créances, dans quelles conditions d’embauche et de travail ?

"Si je veux devenir président, c'est parce que j'ai compris que c'est là haut que tout se jouait". Comme si le Ministre de l’Intérieur et des Cultes, lui, n’avait rien saisi !!

Nathalie Szuchendler