Théorisée notamment par Montesquieu, cette séparation est l’un des fondements qui permettent de distinguer les démocraties des tyrannies aristocratiques ou théocratiques. Ce qui n'a pas empêché Nicolas Sarkozy de sans cesse franchir la ligne rouge dans ce domaine.

Son ambition et son dynamisme le poussent à la tentation de cumuler tous les pouvoirs. Il a refusé de quitter son poste de président de l’UMP quand il est redevenu ministre. Il a décidé d’attendre la toute dernière minute pour lâcher le ministère de l’Intérieur et faire enfin campagne comme tous les autres candidats. Au gouvernement, il n’a cessé de grignoter et d’empiéter sur les domaines de ses camarades… À commencer par le domaine réservé du président de la République. Sans parler du président lui-même, qu’il a constamment taclé auprès de la presse, au mépris des institutions. Même en période de cohabitation, aucun Premier ministre n’était allé aussi loin contre le chef de l’État.

Sarkozy n’aime que les frontières qu’il se choisit. Le pire est sans doute son mépris affiché pour l’indépendance de la justice. Voire pour la Constitution elle-même : « La gauche a ses vaches sacrées, la droite également. Parmi elles, notre fameuse Constitution de 1958 voulue par le général de Gaulle et écrite par Michel Debré », écrit-il avec un peu de morgue dans Témoignage. Avant d’appeler de ses vœux des « évolutions » en matières « institutionnelles et comportementales ». Comme le fait de vouloir que le président de la République s’explique directement devant les parlementaires, en se rendant à l’Assemblée nationale. Une promesse réitérée lors de son discours d’investiture, où il a également promis à Michèle Alliot-Marie qu’il ne changerait pas la Constitution… Ce qui est contradictoire. Car si le président devait venir au Parlement exposer sa politique, cela signifierait un changement de régime. Alors, lequel des deux Sarkozy croire ?

Caroline Fourest