Le ministère de l’Intérieur de Nicolas Sarkozy a largement inspiré l’inflation des réformes proposées par le ministère de la Justice ces dernières années, notamment les lois Perben 1 et 2. Sous sa pression, le système judiciaire n’a cessé de grignoter la présomption d’innocence.

À l’écouter, un juge devrait justifier la moindre remise en liberté devant un parterre de citoyens. Alors qu’un juge des libertés est surtout censé motiver le fait de maintenir quelqu’un en détention… Dans l’affaire d’Outreau, combien d’autres innocents auraient été gardés en détention si le jeune juge avait dû en outre justifier leur remise en liberté devant un parterre de citoyens horrifiés à l’idée de lâcher dans la nature un réseau de pédophiles ? Nicolas Sarkozy ne voit pas les choses ainsi.

Pour lui, l’affaire d’Outreau ne signe pas l’impérieuse nécessité de respecter la présomption d’innocence, mais interroge la « responsabilité professionnelle des magistrats » (8 juin 2006). Il propose donc que ces magistrats répondent de leurs actes en cas d’erreurs. Ce qui revient à placer un tribunal populaire au-dessus de leur tête. « Au nom de quoi [dans] le seul domaine où on peut mettre des gens en prison, la question de la responsabilité professionnelle ne serait pas posée ? » Au nom de l’indépendance et de la sérénité de la justice. Mais Sarkozy n’en a cure : « La démocratie irréprochable, ce n’est pas celle où l’indépendance de la justice se confond avec l’irresponsabilité des juges », s’est-il exclamé dans son discours d’investiture. Sa méfiance envers les magistrats est telle qu’il aimerait beaucoup les remplacer par des jurés populaires. Histoire bien sûr qu’en plus d’être expéditive, la justice devienne aussi plus émotive. « Je veux que, dans les tribunaux correctionnels, il y ait des jurés populaires […]. Cela permettrait de voir la “vraie” vie. On économiserait du temps de magistrats », a-t-il déclaré au Parisien le 20 octobre 2006.

On imagine bien l’influence populiste que pourrait exercer un Nicolas Sarkozy président de la République sur des jurys populaires… Comme le jour où il a estimé à la radio qu’un homme devait être remis en liberté parce qu’il n’avait fait que se défendre en tirant sur un cambrioleur. L’enquête n’avait pas fini de reconstituer les faits que Nicolas Sarkozy réclamait sa remise en liberté pour l’exemple. Et, bien sûr, il avait les sondages avec lui.

Caroline Fourest