Durant son passage au gouvernement, Nicolas Sarkozy a fini par devenir la bête noire des magistrats à force de se prendre à la fois pour le ministre de l’Intérieur et pour le garde des Sceaux.

De mémoire de magistrat, on n’avait pas connu ça depuis l’ère Poniatowski. Et encore, à l’époque, le garde des Sceaux protégeait la justice des ambitions du très zélé ministre de l’Intérieur. Tandis que ni Perben et encore moins Pascal Clément n’ont su résister à Nicolas Sarkozy. Obsédé par la culture du résultat en matière de sécurité, le ministre de l’Intérieur ne pouvait que se cogner la tête sur la justice et ses gardiens du temple. Le problème est que, chez lui, un contre-pouvoir — fût-il démocratique — est toujours vécu comme un frein insupportable, voire comme une attaque personnelle. Les magistrats sont vite devenus ses boucs émissaires.

En juin 2005, alors qu’une mère de famille vient d’être assassinée par un récidiviste, il tance le juge des libertés ayant autorisé la libération conditionnelle de ce meurtrier. Condamné en 1990, l’homme avait été libéré deux ans plus tôt, après treize ans d’emprisonnement. Un drame malheureusement inévitable dans l’absolu, à moins de ne jamais autoriser la moindre remise en liberté. Le ministre de l’Intérieur ne veut rien entendre et parle d’une « faute ». Il envisage même de sanctionner les magistrats qui se tromperaient de diagnostic. L’ancien procureur de la République en a le souffle coupé : « On n’a jamais vu de telles attaques frontales de la part de quelqu’un susceptible de devenir le chef de l’État. »

Sarkozy, loin de regretter son geste, récidive dans Témoignage : « Dans une démocratie normale, il eût été naturel que les magistrats ayant libéré Patrick Gateau soient invités à s’expliquer sur leur décision, et éventuellement sanctionnés. »

Caroline Fourest