Nicolas Sarkozy montre régulièrement son manque d'intérêt pour les détails. Ils ont pourtant beaucoup d'importance dans une lutte aussi complexe que celle contre le terrorisme et l'intégrisme.

Le 13 juillet 2005, il participait à Bruxelles à une réunion des ministres de l'Intérieur et de la Justice destinée à coordonner les politiques antiterroristes européennes après l'attentat de Madrid et de Londres. À croire que Sarkozy s'ennuie durant tous ces débats techniques, il quitte la réunion au milieu des travaux pour s'en aller donner une conférence de presse. Pressé de se confectionner une stature de présidentiable, il feint d'être au courant de dossiers sensibles, dit avoir été « brieffé » par son homologue britannique du Home Office, et fait quelques déclarations largement reprises dans la presse européenne à propos des poseurs de bombes anglais d'origine pakistanaise : « Il semble qu'une partie de cette équipe ait fait l'objet d'une arrestation partielle, je dirais aux alentours du printemps 2004. » Il en déduit qu'il vaut mieux faire certains coups de filet préventifs, quitte à ramasser des innocents dans le lot - ce qu'il a appliqué en retirant des badges à des employés de Roissy sans avoir toujours donné la preuve de leurs liens avec des mouvements intégristes -, plutôt que de prendre le risque d'en laisser dans la nature. Une belle leçon de non-droit, surtout venant d'un avocat, mais aussi d'irresponsabilité venant d'un ministre.

Apprenant les déclarations, pour le moins floues et déplacées de Sarkozy, le fameux homologue britannique, Charles Clarke, ne cache pas sa stupeur : « J'ai entendu des rapports sur les remarques de monsieur Sarkozy à la presse et elles sont absolument sans fondement. » Un peu désolé de devoir être aussi franc, il dément avoir eu la moindre discussion à propos de ces allegations, ni au cours de la réunion ni en aparté. Et quand on lui demande s'il lui a demandé de rectifier, il répond : « Non. Je ne l'ai pas vu. Il a quitté le conseil au milieu des travaux. C'est peut-être son style. Mais c'est un grand dirigeant pour la France et je lui souhaite toutes les meilleures choses. » Une façon très diplomatique de nous souhaiter bon courage !

Caroline Fourest

Pour en savoir + sur cet épisode, lire Nicolas Sarkozy, la fringale du pouvoir de William Emmanuel (Flammarion)