L’idylle n’aura pas duré. À son arrivée place Beauvau, même des policiers de gauche se sont reconnus dans le discours du ministre et son parler vrai. Très vite, pourtant, certains policiers ont eu le sentiment d’être utilisés et non respectés…

Mitterrand et tous les grands présidentiables ont toujours considéré que la Place Beauvau était le marchepied vers l’Élysée. Nicolas Sarkozy n’a donc rien inventé. Mais il s’est tout de même frotté les pieds un peu fort sur le paillasson. « Il n’a fait que politiser le ministère de l’Intérieur », déplore le secrétaire général de l’UNSA-Police, Joaquin Masanet. Ainsi, le fait d’être revenu Place Beauvau pour régler des comptes contre les « officines » qui, aux yeux du ministre, ont comploté contre lui. Ou encore de n’avoir lâché le morceau que dans la toute dernière ligne droite de l’élection pour conserver les avantages des Renseignements généraux et ceux de la protection policière, notamment rue d’Enghien, où le ministre se comporte comme si le territoire lui appartenait…

Mais l’UNSA-Police lui reproche surtout son bilan. « Entre les primes individuelles et les objectifs chiffrés, les fonctionnaires de police se sont sentis obligés de remplir un certain quota », déplore-t-il. Résultat, « la vision de la police ne s’est pas améliorée, au contraire. La relation avec les jeunes s’est considérablement dégradée ». Et de conclure : « Le tout-répressif a ses limites. On le voit bien, les gens sont de plus en plus violents. » Cette conclusion, l’UNSA-Police n’est pas le seul syndicat à la faire. Sarkozy a même réussi à faire l’unanimité contre lui au point de faciliter la fusion (jamais réussie jusqu’alors) entre ce syndicat de gauche, réputé proche du PS, et le Syndicat national des policiers en tenue (SNPT). Conséquence : aux dernières élections nationales de novembre 2006, c’est l’alternance. L’UNSA-Police remporte le scrutin, avec 41 % des suffrages. Soit un peu moins que l’addition du score de l’UNSA-Police en 2003 (22 %) et de celui du SNPT (25 %). Le syndicat Alliance (qui a soutenu la politique de Sarkozy) a bien augmenté son nombre de voix de 4 points, mais il perd 30 % en terme de pourcentage. Le ministre de l’Intérieur ne manquera pas de minimiser cette défaite en attribuant le score de l’UNSA à la fusion des deux listes.

Il n’en reste pas moins que sa politique a soudé les syndicats contre lui, et que cette union est majoritaire. Le désaveu est beaucoup plus flagrant chez les commissaires. Le Syndicat des commissaires et hauts fonctionnaires de la police nationale (SCHFPN), chaud partisan de Nicolas Sarkozy, est en principe ultra-majoritaire parmi les mille huit cents commissaires de police (à 88 %). En 2006, il perd près de 40 % et n’obtient que 58,50 % des voix. Le Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP) faisant une percée à 35,79 % et l'UNSA-Police grattant 5,71 %.

Caroline Fourest & Fiammetta Venner