De nos jours, si un scooter est volé, une recherche d'ADN est immédiatement déclenchée. Surtout si le scooter en question appartient au fils du ministre. En revanche, si une jeune fille est assassinée, la recherche d'ADN pour retrouver le meurtrier peut visiblement attendre des années...

Le 7 janvier, un Piaggio garé sans antivol devant le domicile de la première épouse du ministre de l'Intérieur est déclaré disparu. Il appartient au fils de Nicolas Sarkozy. Le véhicule est assuré, mais pas contre le vol... A croire qu'il ne regarde pas le journal télévisé ou qu'il ne croit pas au danger de l'insécurité... Heureusement, la police se montre particulièrement efficace. Elle effectue un relevé d'empreintes et deux prélèvements ADN. Le scooter est retrouvé dans la nuit du 17 au 18 janvier à Bobigny. Sa plaque d'immatriculation, pliée en deux, a attiré l'attention d'un policier. Trois personnes sont arrêtées : deux mineurs de 17 ans et un majeur de 18 ans, à Bobigny et à Montreuil. L'un des interpellés expliquera aux policiers avoir bien vu des papiers au nom de Sarkozy, mais il pensait à un homonyme, parce qu'« un ministre ne roule pas en scooter » ! L'affaire s'ébruite assez vite et provoque une mini-polémique.

Polémique

Le député-maire socialiste de Gonesse (Val-d'Oise), Jean-Pierre Blazy, s'étonne des « moyens importants et coûteux » mis en oeuvre pour la recherche d'un simple scooter. « L'État n'est pas au service de la famille Sarkozy », déclare-t-il, avant de préciser : « Tous les citoyens victimes de ce genre de vol ne bénéficient pas des mêmes moyens. » En effet, il y a eu 85 167 plaintes pour vols de deux-roues motorisés en 2006, de quoi coûter une petite fortune à l'État si on faisait une recherche ADN à chaque fois. « C'est sans doute la définition de la discrimination positive, selon Nicolas Sarkozy, favorable aux citoyens fortunés et défavorables aux citoyens ordinaires », ironise le député. En réalité, la démarche n'a rien d'exceptionnel. Pour la petite histoire, en novembre 2003, Thomas Hollande, le fils de Ségolène Royal et de François Hollande, s'est fait braquer son scooter. Les empreintes ADN ont été relevées, même si l'engin n'a pas été retrouvé. En revanche, en Saône-et-Loire, des parents attendent, pour certains depuis plus de dix ans, que la police veuille bien procéder à des analyses ADN permettant peut-être d'identifier l'assassin de leur fille...

Parents en colère

Entre 1986 et 2005, près de quarante meurtres de jeunes femmes ou d'adolescentes de la région n'ont toujours pas été élucidés. Des prélèvements sous scellés ont été perdus. Ceux qui n'ont pas été égarés, comme ce bout de manche à balai ayant vraisemblablement servi à assassiner l'une des jeunes femmes, attendent d'être analysés depuis trois ans. Pendant ce temps, l'ADN, et donc la possibilité d'identifier le coupable, se dégrade à vue d'oeil... Scandalisés, des parents de l'association Christelle exigent la création d'une cellule d'enquête dédiée à ces affaires non résolues. Ils ont plusieurs fois interpellé le ministre lors des journées dédiées aux victimes. Le 21 mars 2003, ils devaient être enfin reçus par Nicolas Sarkozy. Mais à leur arrivée, surprise, c'est Cécilia qui les accueille et les écoute, en présence de représentants de services spécialisés. Elle est charmante, souriante, promet de donner suite. Mais rien ne se passe. Corinne Herrmann, qui représente les intérêts de plusieurs familles de victimes de l'association Christelle pour le cabinet Seban, est scandalisée : « Des promesses ont été faites, mais rien n'a été tenu. Les policiers nous disent qu'ils manquent d'effectifs et de moyens pour procéder à des analyses ADN sur des affaires criminelles alors qu'ils en font pour des vols de scooter, c'est incroyable ! »

Le fichier oui, l'efficacité non

Logique. Si le ministère de l'Intérieur a bien mis les bouchées doubles en matière de prélèvements ADN, c'est uniquement dans le but d'établir un fichier génétique des délinquants. Les analyses ADN sur des affaires de meurtres, certaines remontant à plusieurs années, ne présentent aucun intérêt politique : il s'agit de quelques cas demandant des investigations longues, coûteuses, incertaines, et qui ont donc peu de chance de faire augmenter le beau bilan du ministre en matière de taux d'élucidation. Bref, ce n'est pas une priorité. Allez expliquer cela à la mère de la petite Christelle. Quand elle a entendu dans les médias que le scooter du fils du ministre de l'Intérieur a pu être retrouvé après une recherche ADN, elle a failli tomber de sa chaise. « J'étais hors de moi... Nous, on attend depuis des années ! En France, c'est à croire que la justice préfère arrêter des voleurs de Mobylette que des assassins ! »

Caroline Fourest, Avec le concours d'Antonio Fischetti