Deux ans après ses propos sur les jeunes des quartiers, Nicolas Sarkozy a bien du mal à mettre un pied en banlieue. Pourtant, une belle image sur la Dalle d’Argenteuil en train de discuter tranquillement avec trois jeunes triés sur le volet pourrait donner le sentiment que tout est sous contrôle et qu’il a reconquis un territoire perdu de la République.

Alors Sarkozy a fait dans le « neuf-trois » comme on fait dans le « neuf-deux », il a sélectionné quelques bonnes têtes parmi la centaine de jeunes venus l’accueillir avec des insultes la dernière fois, leur a filé son carnet d’adresses, les a invités Place Beauvau et proposé une subvention de 20 000 euros. L’association s’appelle BBR (Bleu-Blanc-Rouge), comme la fête du FN (une vraie trouvaille), et son président, Tarek Mouadane, se fait surnommer « Tarko ».

L’association, que certains ont rebaptisée « Les indics de Sarkozy », est à peu près aussi populaire qu’un char homophobe à la Gay Pride, mais au moins Sarkozy a quelques têtes d’Arabes sur la photo. Comme au « Grand Journal » de Michel Denisot, où il a pu exhiber ses nouveaux meilleurs amis. Grâce à la subvention et au carnet d’adresses de monsieur Sarkozy, l’association a trouvé cinq emplois pour des jeunes de quartiers, qui disent merci Sarko. Même le PS n’avait osé imaginer des emplois jeunes aussi coûteux en terme de subventions pour faire baisser le chômage… En plus, Sarkozy n’a toujours pas pu mettre un orteil sur la Dalle d’Argenteuil, malgré le « déminage » (selon l’expression de Tarek Mouadane). Il a fallu que Rachida Dati donne rendez-vous à des journalistes au dernier moment dans un appartement privé, où l’on a invité quelques amis de BBR, pour faire la photo en banlieue… Même Le Pen est mieux accueilli. Mais sinon, tout est sous contrôle.

Caroline Fourest & Fiammetta Venner