Depuis que Nicolas Sarkozy a démantelé la police de proximité, les policiers ne jouent plus au rugby mais par contre, tout le monde les prend pour des guignols…
La scène restera dans les mémoires comme un symbole. Ce 3 février 2003, en déplacement à Toulouse, le ministre de l’Intérieur prend les caméras à témoin pour pulvériser la police de proximité et son inspirateur, Jean-Pierre Havrin, directeur départemental de la sécurité publique de Haute-Garonne et ancien conseiller de Jean- Pierre Chevènement… La veille, Le Figaro a préparé le terrain. Dans un article comparant à la louche les taux moyens d’élucidation de chaque Région, Toulouse récolte « le bonnet d’âne » (à peine 13 %). Un chiffre trompeur.

Cachez moi ces délits que je ne saurais voir
Ouverts plus tard que les autres, les commissariats de quartier de la région enregistrent toutes les plaintes : du vol de paillasson à la tôle de bagnole froissée. Mille et un petits délits que l’on peut rarement élucider et qui font logiquement tomber la moyenne du taux d’élucidation. Par contre, ce que ne dit pas l’article du Figaro mais que l’on pouvait lire dans La Dépêche du Midi à la même époque, c’est que Toulouse enregistrait en 2002 l’une des plus fortes baisses de la délinquance au niveau national. Notamment 6,76 % de délits sur la voie publique, 30 % de vols de véhicules et 28 % de voitures brûlées. Les plus fortes baisses de la délinquance étant constatées dans les quartiers dit sensibles, où la police de proximité concentrait ses efforts : 15,5 % et 9 % à Bagatelle.
Autre aspect oublié par les chiffres, grâce au relationnel, la police de proximité toulousaine a reconquis un à un certains territoires perdus de la République. Avant, la police ne pouvait plus y circuler sans être assaillie de projectiles. Pour débloquer la situation, Havrin a mis en place un maillage serré. Chaque équipe de policiers a désormais en charge deux ou trois rues de certains quartiers, qu’ils sont censés connaître comme leur poche. Les habitants, de leur côté, ont un référent, qu’ils connaissent et à qui ils peuvent facilement s’adresser en cas de grabuge. C’est tout simple mais ça marche. Les habitants se sentent protégés et entourés. Les flics se sentent responsabilisés, valorisés et mieux aimés. Ils ne sont plus caillassés mais invités à prendre le thé et respectés. Tout va changer après la visite du ministre…

Haute pression à Toulouse

Quelques jours plus tôt, son assistante est venue repérer les lieux. Elle interroge une équipe de policiers du Mirail sur ce qui a changé mais ne semble pas satisfaite de leurs réponses. L’un des gendarmes finit par avoir ce cri du cœur : « Ben, ce qui a vraiment changé, c’est qu’avant on ne pouvait plus aller dans certains quartiers sans se prendre des cailloux et que maintenant on peut jouer au rugby avec les jeunes. » Parfait. L’assistante est ravie et encourage à redire exactement cette phrase le lendemain devant les caméras. Bon élève, le gendarme s’exécute. C’est le déclic que Sarkozy attendait pour : « Le travail de prévention que vous faites est très utile… Mais vous n’êtes pas des travailleurs sociaux. Organiser un match de rugby pour les jeunes des quartiers c’est bien, mais ce n’est pas la mission première de la police. » Content de son effet, il continue sa leçon : « La mission première de la police ? l’investigation, l’interpellation, la lutte contre la délinquance. » En deux phrases, le ministre a réussi à faire passer les policiers de Haute-Garonne pour des fumistes. Le gendarme en reste pantois. Havrin, lui, a compris. Le ministre de l’Intérieur est déjà candidat, il veut faire grimper quelques taux pour présenter un beau bilan en vue de l’Elysée.

Le bilan
Quatre ans après avoir fermé certains commissariats la nuit et avoir commencé à ne plus enregistrer certaines plaintes, le taux d’élucidation de la région toulousaine a logiquement grimpé : 22,6 %, soit dix points de mieux. La délinquance sur la voie publique a baissé de 10,3 % et les atteintes aux biens de 0,6 %. Par contre, l’indicateur de violence et de grande délinquance par excellence, celui qui mesure les « atteintes aux personnes » s’affole : + 48,4 %. Soit 2 355 personnes agressées en plus… Les résultats sont si probants que Sarkozy-candidat a confié à des experts la mission de lui faire des suggestions pour instaurer une « police de quartier ». C’est-à-dire une police de proximité.

Extraits vidéo
Comment Nicolas Sarkozy a sabordé la police de proximité.
Extraits vidéo de Nicolas Sarkozy, tirés de "Enquête sur un présidentiable", diffusé sur Canal + par Lundi investigation le 31 mai 2005.

Sarkozy et la police de proximité
Vidéo envoyée par prochoix