Il prône la « rupture », il veut faire souffler un vent nouveau sur la France, mais à y regarder de près, Nicolas Sarkozy s’inscrit bien dans la vieille tradition des hommes politiques obsédés par leur destin personnel, et non dans celle des grands serviteurs de l’Etat.

« Je ne serai l’homme ni d’un clan ni d’une secte ». Ce 9 mars, c’est le nouveau Nicolas Sarkozy qui parle lors de l’émission "A vous de juger" animée par Arlette Chabot. S’il ressent le besoin de faire cette précision, c’est que beaucoup de ceux qui le regardent évoluer depuis trente ans dans le monde de la politique craignent ouvertement à l’idée de le voir grimper les marches de l’Elysée. Son obsession. Depuis toujours, depuis tout petit. Peut-on le blâmer d’une si noble ambition ? Sûrement pas.

Nicolas Sarkozy a au moins ce mérite : il ne joue pas les faux modestes. Tous les moyens semblent bons pour réussir. Mais Nicolas Sarkozy inquiète les plus républicains : cet homme-là ne risque-t-il pas de confondre son destin personnel avec celui de la France ? Saura-t-il respecter les institutions démocratiques ? La revanche annoncée est-elle celle d’un opportuniste classique ou celle d’un homme aux tendances despotiques ? Les chiraquiens ont longtemps opté pour la première hypothèse. Quand on a vu Chirac tenir sur la durée et même devenir un grand républicain à la fin de son second mandat, cela rend optimiste...

Chirac, c’est incontestablement le modèle de Nicolas Sarkozy en matière de coups politiques. Il a médité toutes ses parties d’échec, contre Chaban et plus encore, bien sûr, contre Balladur. La seule vraie épreuve politique de Sarkozy, mais quelle leçon ! À l’époque, entre 1993 et 1995, rien ne semblait pouvoir stopper son ascension. Avec Nicolas Bazire, l’autre lieutenant de Balladur, ils avaient mis au point un système de verrouillage des médias et des parlementaires impressionnant. Mais aussi assez inquiétant. Peut-on séduire le peuple français en utilisant des méthodes de tyran au service d’un candidat que Plantu caricaturait alors en Louis XVI sur une chaise à porteurs ? Il faut croire que non. Sarkozy s’en souvient. A la veille de l’échéance la plus importante de sa vie, celle où il se présente directement devant les suffrages des Français, il tente de lisser son image. Cool, Lexomil comme diraient les guignols. Mais il y a des réputations dures à défaire. Et qui pourraient lui coûter aussi cher qu’en 95. Pas facile d’oublier, par exemple, que Nicolas Sarkozy est encore plus doué pour les coups politiques que Pasqua lui-même, à qui il a ravi la mairie de Neuilly alors qu’il n’avait pas 30 ans. Ou qu’il est entouré des barons les plus sordides du 92, son laboratoire politique : Balkany, Aeschlimann, que des têtes de premiers communiants.

Oui, c’est un peu ça Nicolas Sarkozy. Un Charles Pasqua sans les plaisirs de la table (il ne boit jamais de vin), avec l’énergie d’un Jacques Chirac, mais sans l’amour des vaches et du peuple. Même s’il fait tout pour mettre en avant ses goûts populaires : Didier Barbelivien, Johnny Hallyday, Richard Virenque, Christian Clavier... Gaffe aux apparences tout de même. Grâce à Péan, on sait maintenant que Chirac faisait semblant d’être ignare et de ne jamais lire pour être populaire. Dans vingt ans, on apprendra peut-être que Sarkozy sifflote des grands crus en cachette dans sa cave de Neuilly. Mais la France, elle, à quoi ressemblera-t-elle quand elle aura encaissé 10 ans de sarkozysme après 12 ans de chiraquisme ?

Caroline Fourest & Fiammetta Venner
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