« MOURIR DIGNEMENT UN DROIT A CONQUERIR »

Tel est le titre de l'Echo de la Dordogne », quotidien d'informations régionales et nationales.

Lundi 12 Mars 2007

300 personnes pour soutenir Chantal CHANEL et Laurence TRAMOIS, Pas de slogans, pas de banderole, juste un petit autocollant arboré au revers de la veste. Certains sont venus de départements limitrophes.

Impressionnants, ces 8 cars de CRS stationnant autour du Palais de Justice : on attendait des contre-manifestants, il n'y en eu aucun. En revanche des personnes s'inquiétaient : « il n'y a pas de feuille à signer pour les soutenir » ? D'autres ont adhéré à l'A.D.M.D. sur le parvis du Palais de Justice « parce qu'on ne peut plus continuer ainsi... »

Deux jeunes femmes tétanisées, sous les crépitements des caméras. Que font-elles là, sur le même banc des accusés que le détenu de la semaine précédente : cet homme condamné à 30 ans de réclusion pour avoir assassiné deux inspecteurs du travail.

Que font-elles là puisqu'elles continuent à exercer leur activité à l'hôpital où se sont déroulés les faits . Pour l'infirmière, dans le même service au cabinet médical et en garde en cas d'urgence, à ce même hôpital, pour le médecin ?

Elles écoutent, en pleurs pour l'une, apeurée pour l'autre, la mise à nu de leur enfance à aujourd'hui. Elles écoutent les experts, psychiatres et psychologues détailler leur « profil » leurs traumatismes, leur fragilité, leur force, leurs douleurs....

Pour terminer cette 1ère journée, le Docteur CHAUSSOY viendra parler de son histoire à lui, de l'acte qu'il a fait, le même qu'à St Astier : injecter du chlorure de potassium afin d'arrêter rapidement le coeur de leur patient.

Il dira également la souffrance, les inquiétudes, les traumatismes subis par sa famille et lui-même tout au long des trois années de procédures. Il dira enfin que 2130 médecins ont « avoué avoir aidé leurs patients à mourir, que « la loi 2005 ne règle pas tout », même si les médecins sont plus protégés. C'est au pouvoir politique d'avoir le courage .... par exemple, regarder ce qui se passe en Belgique.

Mardi 13 Mars 2007

Les témoignages s'enchaînent pour louer le docteur TRAMOIS : « son intérêt personnel est passé après l'intérêt de la patiente » idem pour l'infirmière tout aussi humaine, dévouée et compétente. Les mots « dignité, respect », sont sans cesse évoqués. Il y eu ensuite les témoignages de celles qui ont « dénoncé » : aide-soignante, infirmière, cadre infirmier, regrettant que cela ait dépassé l'enceinte de l'hôpital et ce soit allé si loin......

C'est alors le fonctionnement de l'hôpital et celui des équipes de soins qui sont « mis à nu » et l'on découvre que la nuit, il y a 1 infirmière et 5 aides-soignantes pour 200 lits dont 6 lits dédiés à la fin de vie... plus de l'autre côté de la route, la maison de retraite où l'infirmière peut être appelée ! L'on découvre également qu'il y a une heure de « vacance d'infirmière » entre 20h00 et 21h00, que le directeur de cet hôpital local parti après « l'affaire » n'a pas été remplacé, que la nuit où madame DRUAIS. a été aidée à mourir, une autre dame , à l'autre étage, en long séjour, était en train de mourir...

Quant aux équipes de soins, si leurs compétences n'ont pas été mises en cause, ni le poids extrême de leurs responsabilités, ni le stress engendré par leurs conditions de travail, de lourds problèmes de relations, de rivalités, de rancoeur, animent cependant ce petit monde dans un univers clos : lieu de souffrance, de fin de vie mais aussi de convalescence. C'est à dire : le portrait de l'hôpital d'une petite bourgade de province.

Et s'il n'existe pas de « service » de soins palliatifs avec l'encadrement prévu dans les textes, une partie des lits de « fin de vie » sont regroupés dans la partie baptisée « Embellie » ! Le personnel a reçu une formation pour accompagner les patients comme Mme DRUAIS (en phase terminale d'un cancer du pancréas).

Par deux fois le président du tribunal a cité une expression employée par des personnes de ce service : « le docteur TRAMOIS donnait trop de sédatifs anxiolytiques...Le personnel soignant était frustré de perdre son rôle d'accompagnement... »

Mercredi 14 mars 2007

Le docteur légiste est venu présenter son rapport établi d'après les documents médicaux, sous scellés, concernant le dossier médical de Mme Paulette DRUAIS.

Les différents documents prouvent que, dès janvier 2002, le diagnostic confirme un cancer du pancréas nécessitant des interventions et hospitalisations à Périgueux, Bordeaux et Saint-Astier où elle est admise le 1er août 2003.

Dès le 30 juillet 2003, le moral de Mme Paulette DRUAIS se détériore proportionnellement à la progression désormais rapide de la maladie. Il est relevé dès le 15 août 2003 une dégradation des grandes fonctions. Les 20 et 21 août, la situation évolue très négativement et la patiente, encore consciente, demande « d'aller dans l'au-delà ». Le 22, l'état empire. Les 22 et 23 : ballonnements douloureux, escarres boutonneux au niveau de la zone sacrée.

Il faut augmenter les doses de morphine tant la douleur est insupportable. Le 24 août 2003, la dose nécessaire est de 360mg/j et une sonde gastrique doit être posée. Le pouls s'accélère, la tension artérielle baisse.

Le 25 août 2003, le docteur Laurence TRAMOIS prescrit deux protocoles qui seront réalisés par l'infirmière Chantal CHANEL : à 21h30, 480mg/j de morphine, à 22h30, 480mg/j de morphine et potassium 7g en 30 minutes. Le décès survient vers 23h20. L'expert développe les effets du potassium selon les doses. Mme Paulette DRUAIS souhaitait faire abréger ses souffrances, sa mère ayant été victime de la même maladie, elle connaissait la progression fatale et indigne.

Suit le rapport du professeur ROND ayant procédé à l'autopsie le 2 octobre 2004, rapport n'apportant pas d'éléments nouveaux notables la putréfaction ne permettant pas de déterminer des causes particulières de la mort. A noter que les trois membres de la famille ayant assisté à l'exhumation ont été profondément choqués par cette opération, même si l'équipe médicale a agi avec le maximum de respect.

L'après-midi a été consacré à des témoignages fournis principalement par le personnel médical et administratif de l'hôpital de Saint-Astier (infirmières, aides-soignantes, secrétaire). Il ressort clairement que, tant Chantal CHANEL que Laurence TRAMOIS sont extrêmement appréciées pour leur rigueur, leurs compétences, leur efficacité, leur humanisme, leur disponibilité, leur professionnalisme, leur sensibilité.

Les demandes formulées par Mme Paulette DRUAIS de mourir dans la dignité ont été faites auprès de 5 personnes.

En fin de journée, le Président signale des témoignages fournis par écrit - 50 à 60 - qui, dans la majorité des cas, soutiennent les deux accusées. Maîtres SUR et DUCOS font également part d'un important courrier de soutien dont un de Besançon signalant plusieurs injections létales pour lesquelles l'administration n'a pas donné suite (il y a un an, 50.000 personnes avaient signé une pétition de soutien initiée par l'ADMD).

L'ambiance générale semble favorable aux deux accusées qui progressivement apparaissent beaucoup plus comme victimes qu'accusées.

Le témoignage de la nièce de Mme Paulette DRUAIS a été très fort et très favorable à Laurence et Chantal.

ADMD