Une laïcité qui choisit ses interlocuteurs est une laïcité qui doute

Simplement réaffirmer nos valeurs, le libre examen. » Sur ce point, le Cercle du Libre Examen est en parfaite adéquation avec les autorités de l'ULB. C'est lorsqu'il s'agit de traiter des méthodes employées que notre chemin s'éloigne du leur. Réaffirmer nos valeurs, oui ! Mais à quel prix ?

Le recteur nouvellement élu a, dès sa mise en place, désiré réaffirmer les valeurs au sein de notre université. Pour ce faire, M. Philippe Vincke a créé le poste de conseiller à la défense de nos valeurs ; poste occupé à cette heure par Mme Emmanuelle Danblon. Dans cette optique, les autorités se sont attelées à la réalisation d'un « chantier-valeurs » dans le but avoué de défendre et promouvoir les valeurs du libre examen.

C'est avec un engouement certain et un soutien réaffirmé à maintes reprises que le Cercle du Libre Examen a accueilli cette initiative. Le Librex a d'ailleurs souhaité travailler, de concert avec Mme Danblon, à la réalisation de cette tâche difficile qu'est de reconquérir la population estudiantine et de lui permettre d'acquérir, à nouveau, ce sentiment d'identité libre-exaministe.

Dans Le Soir du mardi 27 février, nous avons eu la surprise d'apprendre que le recteur de l'ULB a « refusé d'accorder l'autorisation » et - pour être plus objectif - a interdit la venue de Tariq Ramadan en nos murs, invité à un débat contradictoire organisé par des étudiants du CEAE (Cercle des étudiants arabo-européens) et qui s'inscrivait dans une semaine d'activités contre le racisme, ne pouvait que nous émouvoir et nous interpeller et ce, plus particulièrement à l'heure où la censure, l'autocensure et, de façon générale, le consensualisme et une idéologie du politiquement correct s'emparent du débat dès lors que les thèmes abordés soulèvent des questions de société délicates.

Il s'agit de la part des autorités d'une décision arbitraire et unilatérale. Une telle ingérence des autorités dans la vie culturelle de l'Université Libre de Bruxelles a fait naître un malaise au sein de la population étudiante. Une question s'impose : que doit-on comprendre derrière l'attitude adoptée par les autorités quant à ce débat, organisé par des étudiants membres d'une association reconnue officiellement par l'Université ?

Ce n'est pas réellement la personne et le propos de Tariq Ramadan qui crée le débat au sein du Cercle mais bien l'interdiction de donner la parole à un conférencier contesté dans le cadre d'un débat contradictoire ; débat contradictoire qui, faut-il le rappeler, constitue la méthode libre-exaministe par excellence. La confiance en nos valeurs et nos méthodes est-elle devenue si infime que la censure et l'autocensure apparaissent comme notre seule arme ? Peut-il y avoir un débat plein et entier lorsque l'on choisit ses interlocuteurs ?

Il est nécessaire, nous semble-t-il, de signaler que les autorités, depuis la mise en place de la nouvelle équipe rectorale, imposent aux cercles étudiants une procédure administrative de plus en plus lourde. En effet, les étudiants désirant organiser une activité doivent préalablement informer les autorités notamment quant aux intervenants et aux objectifs du projet. C'est sur cette unique base qu'est prise la décision rectorale d'autorisation ou d'interdiction de l'activité. Les autorités de l'Université Libre de Bruxelles ont-elles vraiment le droit de se poser en visage unique du Libre Examen en ces heures de crispation identitaire et de fixer seule ce qui est ou n'est pas légitime ou pertinent dans le débat ?

Dans cette perspective, il apparaît que le « chantier-valeurs » sort des rails sur lesquels les autorités l'avaient posé. En donnant à cette réalisation une interprétation certes défendable mais trop contraignante pour les acteurs-étudiants de celle-ci, les autorités offrent une vision monolithique du principe du Libre Examen. Ainsi, le Cercle s'oppose à ce qu'une ou plusieurs personnes puissent, de par leur position au sein de l'ULB, avoir le monopole de penser le Libre Examen et, partant, de poser (le terme « révéler » n'est-il pas plus approprié dans ce contexte ?) l'unique lecture valable du principe du Libre Examen ?

Les autorités ne devraient-elles pas ouvrir la porte à la communauté estudiantine au sens large pour remettre les valeurs de cette Université en question et bâtir ensemble un libre examen conforme à celui auquel aspirent les étudiants ? Mais peut-être est-ce un débat qui, là encore, restera « hors de nos murs »...

Une autre piste de réflexion pourrait éventuellement être envisagée et le débat pourrait être replacé sur la voie de la laïcité. En effet, au sein l'Université du Libre Examen, la laïcité est un espace de rencontre, de dialogue où toutes les options philosophiques et religieuses doivent pouvoir s'exprimer. Une laïcité qui choisit ses interlocuteurs n'est-elle pas une laïcité qui doute ?

Le Cercle du Libre Examen