LISBONNE (Reuters) - Les Portugais sont appelés à se prononcer dimanche sur la légalisation de l'avortement, une question sensible dans un pays où l'influence de l'Eglise catholique reste forte.

Bien que les derniers sondages montrent que près deux Portugais sur trois se disent prêts à voter en faveur du "oui", l'issue du scrutin reste incertaine. Lors du dernier référendum organisé sur la question, en 1998, seuls 32% des électeurs s'étaient déplacés dans les bureaux de vote et le résultat avait été invalidé.

Le Portugal est l'un des rares pays d'Europe - avec d'autres Etats profondément catholiques tels que l'Irlande et la Pologne - à limiter fortement le droit à l'avortement. Il n'est autorisé qu'en cas de viol, de déformation du foetus, ou si mener la grossesse à terme menacerait la santé de la mère.

La campagne du "oui" a insisté sur les 23.000 avortements clandestins pratiqués chaque année dans le pays et que le Premier ministre socialiste, José Socrates, a qualifiés de "blessure la plus honteuse du Portugal".

Le camp du "non" a affirmé de son côté qu'une victoire du "oui" entraînerait un accroissement du nombre des interruptions volontaires de grossesse (IVG), une augmentation des dépenses de santé et créerait un précédent susceptible de remettre en cause d'autres lois.

PASSIBLE DE TROIS ANS DE PRISON

L'Eglise catholique a également fait valoir que la légalisation de l'avortement mettrait en péril les valeurs traditionnelles.

"Vierge Marie, mère de Dieu, ne permet pas à ces gens qui ont toujours été croyants, de t'oublier à cette occasion", a imploré un prêtre catholique en célébrant la messe samedi devant un millier de personnes dans le monastère des Hiéronymites de Lisbonne.

De l'autre coté de la ville, dans le quartier branché de Bairro Alto, Fernanda Ribeiro, 30 ans, fête avec un ami la probable victoire du "oui".

"Je suis sûre que nous allons gagner", explique-t-elle.

Les bureaux de vote seront ouverts à partir de 8h00 GMT et fermeront leurs portes à 19h00 GMT.

En vertu de la loi actuelle, une femme qui pratique un avortement illégal risque jusqu'à trois ans de prison mais la plupart des procès se sont soldés par des condamnations assorties du sursis ou des acquittements.

Les socialistes proposent d'autoriser l'avortement dans les dix premières semaines de la grossesse, un délai réduit qui laisserait le Portugal dans les rangs des pays européens les plus conservateurs dans ce domaine.

Jusqu'à présent, la plupart des femmes qui souhaitaient avorter se rendaient en Espagne où l'avortement est autorisé depuis une dizaine d'années.