Judith Ezékiel a récemment publié un article qu'elle voulait équilibré dans une revue américaine puis dans une revue française Confluences Méditerranée.

Les position laïques (qu'elle appelle laïcardes :-) ) y étaient caricaturées. L'auteure ayant visiblement ommis de lire les textes et les débats pourtant très accessibles et ne comprenant - entre autres - toujours pas la différence entre un radicalisme cultuel et politique en matière religieuse. Personne n'a protesté. Car le droit de dire ce qu'on pense de choses qu'on ne maîtrise pas est devenu un droit inaliénable : démocratie participative oblige. Et pourtant, lorsque Judith Ezékiel propose son article à la revue Confluences Méditerranée, elle recontre pour la première fois le vrai visage de ses interlocuteurs et malgré ses protestations, les passages concernant Christine Delphy seront caviardés.

On ne peut être qu'ému par cette censure. Et pourtant, d'ou vient ce sourire depuis le début de la rédaction de ce blog ? Est-ce parceque plusieurs chercheurs de la revue Prochoix connaissant le débat ont proposé des articles aux revues françaises et américaines qui ont été refusés, parfois pour des raisons très claires ("Qaradhawi est un homme de gauche et doit devenir votre allié" a ainsi expliqué le directeur d'une revue de Harvard). Ou alors parceque l'équilibre revendiqué de Judith Ezékiel rappelle furieusement l'objectivité revendiquée des journalistes. Judith Ezékiel résume d'ailleurs parfaitement cette position : "je ne voulais pas me fâcher avec tout le monde". Et, de fait, elle n'était pas fâchée avec Christine Delphy. Un journaliste objectif n'existe pas, soit il ment, soit il est parvenu à débrancher son cerveau. Un chercheur équilibré, n'est pas un chercheur c'est un équilibriste myope qui ne voit pas que son incapacité à contextualiser une situation est juste la mise en valeur d'une des parties en puissance. Celle qui n'est pas fâchée.

Fiammetta Venner


Pour info voici le mail diffusé par Judith Ezékiel :

En effet, vient de paraître, enfin en français, mon article sur le hijab (adaptation des versions anglaises de 2005 et 2006).

Judith Ezekiel, "Magritte rencontre Maghreb: ceci n'est pas un voile", Confluences Méditerranée 59 (automne 2006), 43-56

Malheureusement, l'article a été modifié sans mon accord.

J'ai mis longtemps avant d'accepter de publier quelque chose en français sur cette question car je suis très critique des divers "camps" et, pour le dire crument, je ne voulais pas me facher avec tout le monde.

Confluences Méditerranée m'avait demandé de faire une version courte de mes articles précedents, parus en anglais. J'ai réduit de moitié l'article de Feminist Studies, qui m'est revenu encore avec des propositions de coupes. Mécontente, j'ai pourtant accepté certaines de ces propositions, mais il n'était pas question de couper les parties qui ont plus tard disparu.

Les semaines passent et au dernier moment, on me dit que mes critiques des positions de Christine Delphy risquaient d'être coupé. J'ai repondu à mon interlocutrice qu'il était hors de question de les enlever. J'ai écrit quatre lettres disant que je n'acceptais pas cette censure. J'allais retirer mon article. Pourtant, malgré mes protestations, et sans me montrer la version qui allait être publiée, Confluences a censuré mon article.

Vous trouverez ci-dessous les passages concernés. Sachez que cette partie suivait des critiques très sévères des positions "laïcardes", c'est à dire, de l''autre camp"; je précise cela pour dire que mes critiques ne visaient pas uniquement les positions de Christine Delphy, loin de là, mais seule cette partie-là a été censurée. Notez également que les extraits ci-dessous, hors contexte, ne rendent pas compte de la teneur de l'ensemble de mon article, qui ne se réduire évidemment pas à une polemique avec telle ou telle individue ou position.

Je demande donc à Confluences Méditerannée une lettre d'excuse et un erratum.

Judith Ezekiel

Version envoyée à Confluences (en gras, les coupes)

De l'autre côté, Christine Delphy (fondatrice, avec Simone de Beauvoir, du journal Questions Féministes), dans son zèle antiraciste a rejoint les rangs des groupes « pro-hijab » et apparaît dans des forums aux côtés du leader islamique charismatique Tariq Ramadan. Delphy a participé à une séance du Forum social européen de Londres de 2004 intitulé « Le hijab : le droit de choisir des femmes » (un détournement claire de la rhétorique des mouvements féministes pour le droit à l'avortement). La proposition ambiguë de Delphy pour "un féminisme non pas contre mais avec l'Islam" a été saluée sur des sites web intégristes. Au Congrès Marx de 2004, après avoir fait une présentation de l'histoire des relations diverses entre les mouvements des femmes et les institutions et croyances religieuses, j'ai invité Delphy à préciser ses propos. Elle, qui avait publié mes écrits sur l'anti-américanisme français, m'a neutralisé avec un commentaire supposé spirituel sur le fait que ma question était « américaine ».


Version anglaise, publiée dans Feminist Studies.

On the other side, longtime feminist Christine Delphy (co-founder, with the patronage of Simone de Beauvoir, of the journal Questions Féministes) has become the feminist figurehead for the group organized against the hijab ban, Une Ecole pour tous et pour toutes, whose founding members, according to Prochoix editor Caroline Fourest, include fundamentalists and antisemites. In her antiracist zeal, Delphy has joined forces with pro-hijab groups and has appeared in forums with charismatic Islamic leader Tariq Ramadan, proponent of a mere "moratorium," not ban, on stoning women. Delphy participated in the 2004 London European Social Forum session called 'The Hijab, a Woman's Right to Choose." I shudder at how prohijab groups have hijacked the rhetoric of the abortion rights movement.* Delphy's ambiguous proposal for "a feminism, not against, but with Islam" has been lauded on fundamentalist websites worldwide. At a major conference of Marxist scholars, after I presented a historical account of the diverse relationships the women's movement has entertained with religious institutions and beliefs, I pushed Delphy to clarify her statement. She-who has published my writings on anti-Americanism--neutralized me with a supposedly humorous comment about my question being American.

  • My first encounter with this occured at the 1995 United Nations Beijing Conference where the Iranian delegation distributed glossy posters of women in chadors, entitled "The veil is my nature," with below, the bloody image of a supposed aborted fetus. I recognized the photo: it had been used in the 1970s by the Cincinnati, Ohio national headquarters of the Right to Life Society.