Les questions économiques et sociales sont au coeur de la campagne électorale du Front National. Pas un discours, pas un communiqué de presse sans que Le Pen ne décline dénonciations, bons, mauvais points et propositions visant à démontrer que le FN est le seul parti "anti-système" défendant "les entreprises et les travailleurs français" ("Français d'abord" du 1er septembre)

Dénonciations tous azimuts

Anne Marie Jeanmoujin, secrétaire départementale et conseillère régionale de Haute Saône du FN résume bien la pensée frontiste : "La loi Aubry sur les 35 h a plombé notre économie, pénalisant lourdement la compétitivité des entreprises françaises (...) tout comme d'ailleurs la catastrophe politique ultra libérale menée dans notre pays depuis des décennies (...) continue d'engendrer chômage et délocalisations" ("Français d'abord" du 1er septembre).

Les 4 milliards pour les trains transiliens où la SNCF a préféré le groupe canadien Bombardier à Alsthom permet au FN d'enfoncer un peu plus le clou. Dans un communiqué de presse, Le Pen fustige l'Etat qui "en cédant aux principes de l'ultra libéralisme mondial qui considère la France comme un simple espace économique dans un ensemble mondialisé (....) se rend coupable d'une trahison".

Bruno Gollnish, au cours d'une émission télévisée (FR3 - La voix est libre du 14 octobre 2006) explique, dans un clin oeil aux électeurs qui ont voté non au référendum sur la constitution européenne, qu' "en abaissant les frontières, politique menée conjointement par la gauche et la droite mondialisée au pouvoir, on met les travailleurs français en concurrence avec l'ouvrier du tiers monde sous payé et sans protection sociale" ("Français d'abord" du 18 octobre)

Bons et mauvais points

Bien évidemment, pour le FN, la lutte des classes n'existe pas, il n'y a que des catégories socio-professionnelles, des lobbies plus ou moins institutionnels, que l'on fustige, comprend ou encense en fonction de l'intérêt politique que le parti leur porte et de leurs supposés bénéfices électoraux. Leurs analyses et/ou leurs revendications, leur degré de proximité avec celles du FN, ne sont pas forcément déterminantes pour l'obtention de bons ou mauvais points que le parti frontiste leur octroie ... Que l'on en juge plutôt .....

Dans les bons points une note particulière est à relever : celle dont a bénéficié la grande manifestation des pompiers de novembre dernier. Par un communiqué de presse, le leader frontiste explique que "si les débordements (...) sont regrettables , il n'en demeure pas moins que ce mouvement exprime un véritable malaise " et de regretter que " Les policiers et les gendarmes avaient manifestement reçu des ordres de fermeté qu'on ne leur donne pas en d'autres circonstances par exemple dans les banlieues où ce sont précisément les pompiers qui se retrouvent les premières cibles des casseurs et des émeutiers". En amalgamant ainsi pompiers en manif, pompiers en intervention et principe de fermeté des forces de l'ordre, Le Pen ratisse large mais se garde bien de tout commentaire sur les revendications au coeur de cette manifestation...

Une autre catégorie est particulièrement bien vue par le parti frontiste : les automobilistes, victimes de la "tolérance zéro de M. Sarkozy"et dont "les nouvelles procédures de contrôle et de sanction aggravent encore le racket". "Français d'abord" rêve déjà tout éveillé que "cette résistance peut commencer en 2007 : les électeurs automobilistes peuvent renvoyer ascenseur à ceux qui les oppriment (...) en leur retirant le permis de conduire le pays !" (Le Pen d'après Français d'abord des 4 et 5 octobre 2006). Cette déclaration n'a pas d'autre but que celui de réaliser un jeu de mot populiste sur le permis de conduire. En effet, dans son programme électoral, le FN plébiscite à l'inverse les transports en commun parce que "la circulation routière est trop souvent saturée, elle pollue et consomme de l'espace"...

Les petits actionnaires d'Eurotunnel sont bien vus également : Une poignée d'entre eux a été reçue au siège du FN, fin novembre, et B. Gollnish leur a promis l'indemnisation des actionnaires minoritaires qui s'estiment spoliés et une forme de nationalisation pour empêcher la prise de contrôle d'Eurotunnel par un fond d'investissement anglo-saxon ("Libération" du 13 décembre). Voler au secours de "l'actionnariat populaire spolié" est un classique de l'extrême droite mais le FN ne dit rien sur les moyens utilisés pour "nationaliser et indemniser" tandis qu'il supprimerait, dans le même temps, l'impôt sur le revenu et baisserait l'impôt sur les sociétés.

Enfin les buralistes, le 16 novembre dernier, journée de mobilisation contre l'interdiction de fumer, ont eu droit à cette déclaration : "le Front National et Jean Marie Le Pen s'associe à leur revendication" car "l'entrée en vigueur prématurée de l'interdiction de fumer risque de leur porter un coup fatal" ; Ce soutien aux débitants de tabac est sans nul doute accordé en échange de la libre expression des militants et sympathisants frontistes dans les bars-tabacs, hauts lieux de la campagne électorale ! De plus, le FN a toujours préconisé le lobbying ultra corporatiste plutôt que les expressions syndicales porteuses d'un sens de l'intérêt général

Dans les mauvais points, on trouve sans surprise les syndicats qualifiés d'agents du système et tout particulièrement ceux qui appellent à faire grève ! Ainsi dans un communiqué du 8 novembre, Le Pen dénonce "la grève rituelle d'automne de la SNCF" et reproche au gouvernement de se contenter de "regretter cette grève qui porte atteinte de façon illégitime aux droits des usagers" plutôt que de demander à la justice "d'examiner sa légalité"

Mais le MEDEF non plus n'a pas bonne presse. Dans un communiqué de presse, Le Pen dénonce la position du syndicat patronal hostile à la remise en cause du monopole de représentativité des cinq centrales syndicales, en ces termes : "il est en revanche significatif de voir que parmi les opposants à cette réforme figure le grand patronat du MEDEF qui se montre ainsi partisan du statu quo le plus archaïque et des obstacles les plus injustifiables à une vie économique et sociale assise sur la liberté ". Cet énervement vis à vis du MEDEF va de pair avec un encensement des PME/PMI qui supporteraient l'augmentation des charges, impôts locaux et taxe professionnelle (Français d'abord du 1er septembre 2006) et sont sensés représenter le bon patronat français victime de l'Europe de Bruxelles. Mais il y a une autre raison plus politicienne à ce courroux : elle est développée, avec aigreur, dans un communiqué de B Gollnish du 30 août sous l'intitulé "le MEDEF agent du système" : "Le MEDEF a invité à son université d'été des personnalités de tout bord y compris des politiques qui sont à la liberté de l'entreprise l'équivalent de ce qu'était Landru à la libération de la femme. Parmi ces personnalités, il y avait tous les candidats à l'élection présidentielle. Tous sauf le candidat Jean-Marie Le Pen, ancien chef d'entreprise, arrivé en finale lors de l'élection de 2002 !(....)"

Les propositions

" Le rétablissement d'un protectionnisme mesuré et de bon sens " pour reprendre la formule de Anne Marie Jeanmoujin ("Français d'abord" du 1er septembre), est au coeur de la problématique frontiste. Bien sûr, le FN n'explique jamais comment instaurer un tel protectionnisme sans s'affronter au grand patronat, aux décideurs européens, à l'OMC etc..., il n'explique pas davantage les conséquences que cela aurait pour les millions de salariés qui travaillent dans des secteurs déjà " mondialisés " de l'économie, ... ni les moyens de pallier à ces conséquences. L'important, de son point de vue, n'est pas la crédibilité et la cohérence des propositions mais la volonté de décliner la "préférence nationale" comme un nouveau "patriotisme économique". Reviennent ensuite come un leitmotiv la volonté d'annuler les 35h et la retraite à 60 ans. Sur ce terrain, Le Pen est dans la droite ligne du programme du MEDEF, des PME -PMI ... et du candidat Sarkozy !

Le troisième corps de propositions qui revient systématiquement est l'augmentation massive des investissements militaires : "Face aux nouvelles menaces, le candidat à la Présidence de la République a plaidé pour la remise en état des missiles du plateau d'Albion et surtout pour un effort budgétaire important en matière de Défense Nationale qu'il souhaite faire passer de 1,8% à 3,6% du P.I.B. ( ...)" ("Français d'abord" du 24 octobre - à propos du discours " Guerre et Paix " de JM Le Pen).

Le quatrième volet récurent de l'argumentation lepéniste est la disparition programmée de l'impôt sur le revenu et la baisse drastique de l'impôt sur les sociétés (tranches de 10, 15 à 20 % maximum !) des mesures que les ultra-libéraux ne renieraient pas .....

En résumé : Protectionnisme, remise en cause des acquis sociaux, fin de l'état providence .... (sauf pour l'Armée) et, bien sûr, chasse aux immigrés : voilà les quatre piliers du programme "social" en vue du "grand changement" que nous prédit le candidat "arrivé en finale en 2002".

Source http://isa.isa-geek.net/article.php3'id_article=72