Pas grand-monde, sauf peut-être dans son fief sunnite de Tikrit, ne versera une larme sur Saddam Hussein. L'ancien dictateur a été pendu, samedi 30 décembre, après avoir été condamné à mort, le 5 novembre, pour crime contre l'humanité. Il a été reconnu coupable par un tribunal irakien mis en place par la "coalition internationale", c'est-à-dire par les Américains, qui l'ont chassé du pouvoir en 2003. Il a été condamné pour le massacre de 148 chiites, en 1982, à Doujaïl, mais la liste de ses crimes est longue. Pendant ses trente-quatre ans de pouvoir, dont vingt-quatre de règne commencés par une révolution de palais en 1979, il a conduit à la mort des dizaines de milliers de ses compatriotes.

En 1988, il n'a pas hésité à utiliser des armes chimiques contre les Kurdes d'Haladja, et ce forfait n'est qu'un exemple parmi les horreurs qu'il a infligées à cette communauté. Il a déclenché en 1980, contre l'Iran, une guerre qui a fait des centaines de milliers de victimes. Il est vrai que, à l'époque, il pouvait se prévaloir du soutien des Occidentaux, qui voyaient en lui un rempart contre le fondamentalisme chiite. En 1990, il a envahi son petit mais riche voisin koweïtien, provoquant la première guerre du Golfe.

Sa culpabilité ne fait aucun doute. Cette conviction explique certainement qu'une majorité d'Européens, sauf en Italie, approuve l'exécution de Saddam, selon les sondages d'opinion. Pourtant, la pendaison du dictateur provoque malaise et désapprobation. Ces sentiments ne sont pas liés aux conditions du procès, encore qu'il y aurait beaucoup à dire à ce sujet : même si les juges irakiens ont tenté de respecter les formes, la justice des vainqueurs a toujours quelque chose d'inquiétant. La gêne ne tient pas, non plus, aux regrets que l'on peut éprouver parce que Saddam Hussein n'aura pas à rendre compte de l'ensemble de ses crimes. Ses victimes non chiites peuvent en effet, à bon droit, estimer que justice ne leur a pas été rendue. D'ailleurs, à l'annonce de sa pendaison, les seuls signes d'allégresse sont venus des quartiers chiites.

Beaucoup d'Irakiens réclamaient la mort de celui qui fit régner la terreur dans leur pays. Mais il n'est d'opposition à la peine de mort que de principe. Et ce principe, s'il est admis, comme il l'est dans toute l'Union européenne, ne souffre pas d'exception. Prendre en compte des circonstances exceptionnelles, c'est miner le principe lui-même. Jacques Chirac l'a bien compris, lui qui, face à une opinion publique toujours tentée par la loi du talion, veut inscrire l'abolition de la peine de mort dans la Constitution.

George W. Bush, qui ne sait ni pourquoi maintenir ses 140 000 soldats en Irak ni comment les retirer, a salué l'exécution de Saddam Hussein comme "une étape importante sur le chemin de la démocratie". C'est une conception de la démocratie. Elle n'est pas la nôtre.

Article paru dans l'édition du 31.12.06