France-Echos soutient de manière inconditionnelle la députée néerlandaise Ayaan Hirsi Ali1 , l'apostate de l'islam menacée de mort par les islamistes. Le combat d'Ayaan Hirsi Ali n'a pourtant strictement rien à voir avec le leur. Rappelons qui est Ayaan Hirsi Ali et ce qui différencie son combat de celui de France-Echos :

Ayaan Hirsi Ali dépeint un islam misogyne et réfractaire à toute liberté individuelle, dit que l'islam actuel n'est pas compatible avec la démocratie. Elle déclare volontiers que Mahomet était un pédophile et l'islam une religion arriérée.

Par la provocation, elle souhaite en effet pousser les musulmans à critiquer les textes et défier les dogmes imposés par l'islam. Elle entend « user de provocations pour agiter les consciences musulmanes et les amener vers « une époque des Lumières »2

Ayaan Hirsi Ali revendique une « analyse en profondeur de l'islam et la révision de tout un tas de ses dogmes »3 et croit que la « critique servira à humaniser l'islam »4

Elle n'aspire à rien d'autre qu'une réforme de l'islam : « Nous avons tout intérêt en tant qu'Occidentaux à réformer l'islam »5

Si Ayaan Hirsi Ali milite pour que l'islam connaisse son « siècle des lumières »6, France-Echos, quant à lui, ne cherche pas, par la critique des dogmes, à pousser vers une réforme de l'islam. Loin de là. France-Echos fait une lecture littéraliste, archaïque et djihadiste du Coran et de la Sunna dans le seul but d'encourager à la ségrégation des musulmans par les non musulmans.

Lorsque Ayaan Hirsi Ali dit du multiculturalisme que c'est « une théorie inconsistante »7, France-Echos lui veut instaurer le communautarisme et l'apartheid ethnique.

Ayaan Hirsi Ali est une authentique femme de gauche, progressiste et anti-raciste. Elle dit des musulmans qu'on ne « naît pas arriéré avec une religion dans la tête »8, et respecte avant tout la dignité de tout être humain, se gardant bien de tout amalgame raciste ou haineux :

« J'ai toujours pris soin de distinguer l'islam en tant que cadre moral et les musulmans. Les musulmans sont pour moi des individus, ils ont leur libre arbitre et peuvent choisir de suivre l'islam, de quelque obédience que ce soit, ou de prendre dans l'islam son seul aspect identitaire. Je n'ai jamais critiqué les musulmans en tant que tels, je critique le cadre moral imposé par l'islam »9

Si Ayaan Hirsi Ali croit à l'émancipation des musulmans, France-Echos, au contraire, voit dans chaque musulman un être par essence mauvais incapable de modernité.

Lorsque Ayaan Hirsi Ali affirme qu'il existe des musulmans éclairés qui sont prêts à la réflexion et à critiquer le cadre moral imposé par l'islam10, France-Echos jette la suspicion sur l'ensemble des musulmans les accusant d'être tous des menteurs et des adeptes de la takia.

Si France-Echos minimise (voir nie) le sexisme des Evangiles et du christianisme, Ayaan Hirsi Ali dénonce les textes sexistes de la Bible et du Talmud qui, selon elle, n'ont rien à envier au Coran et sont encore source d'oppression dans certaines communautés:

« Dans la Bible et le Talmud, il y a aussi des textes hostiles aux femmes. C'est un fait qu'aux pays bas (et ailleurs dans le monde) il y a des communautés chrétiennes qui prennent ces textes sacrés autant à la lettre que nombre de musulmans le Coran. Eux aussi ont une morale sexuelle qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à celle d'un pays où s'applique la charia comme l'Arabie Saoudite » 11

Pour Ayaan Hirsi Ali, les dogmes du christianisme et du judaïsme ne sont pas plus compatibles avec la démocratie que ceux de l'islam12. Si le christianisme et le judaïsme ont su se réformer c'est parce que :

« Hommes et femmes juifs et chrétiens en sont arrivés là en critiquant leurs textes sacrés, en s'en moquant, en montrant que beaucoup de textes de la Bible et du Talmud ne sont pas satisfaisants »13

Si France-Echos voit dans l'islam le nouveau totalitarisme de ce siècle et croit au choc des civilisations, ce n'est pas le cas de Ayaan Hirsi Ali. En effet, Ayaan Hirsi Ali est la première signataire, au côté de Caroline Fourest, du Manifeste des 12 . Le Manifeste des 12 désigne l'intégrisme (ou l'islamisme) comme étant le nouveau totalitarisme de ce siècle et affirme, concernant l'affaire des caricatures, « qu'il ne s'agit pas d'un choc des civilisations mais d'une lutte globale qui oppose les démocrates aux théocrates »14 France-Echos n'oppose pas démocrates et théocrates : il oppose non musulmans contre musulmans.

En résumé, si le combat de Ayaan Hirsi Ali, par son respect de la dignité de tout être humain, par sa force et son courage, est admirable et exemplaire, le combat de France-Echos quant à lui est détestable et méprisable.

France-Echos ou la tendance villiériste

France-Echos se défend d'être un site d'extrême droite15 Pourtant, France-Echos suit de prêt l'actualité des leaders de l'extrême droite française : Philippe De Villiers et Jean-Marie Le Pen16.

Certes, l'enthousiasme de France-Echos pour Jean-Marie Le Pen est moins unanime : Jean-Marie Le Pen est pour le port du foulard islamique à l'école et est favorable à ce que l'Iran possède la bombe atomique. Les durs de France-Echos accuseront peut être Le Pen d'être pro-islamiste sait-on jamais.

France-Echos, qui refuse l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne parce que pays musulman, voit donc dans Philippe De Villiers le meilleur candidat à la présidentielle 2007.

France-Echos est très clairement sur la ligne de Philippe de Villiers et du MPF (Mouvement Pour la France) Ce même Philippe De Villiers maintes fois dénoncés par ProChoix pour ses prises de positions anti-choix et anti-Républicaine :

  • Villiers, militant provie, s'oppose à l'avortement même en cas de viol ou d'inceste. Ses proches font partie d'associations provie radicales qui organisent des commandos anti-IVG.
  • Villiers est bien sûr contre le PACS qui, selon lui, détruirait les familles : il a d'ailleurs déclaré que le PACS est un « retour à la barbarie »17 (rien que ça)
  • Villiers soutient la thèse d'un génocide vendéen par la République18, thèse typiquement anti-Républicaine. Les militants de la reconnaissance du génocide parlent de « fours crématoires, de tanneries de peaux humaines, d'exécutions massives de femmes et d'enfants pour purger le sol de la Vendée de la race maudite »19 et mettent le génocide Vendéen au même plan que la Shoah.

Loin de toutes ces considérations, France-Echos reprend allégrement les slogans de Philippe De Villiers :« La France tu l'aimes ou tu la quittes »20 et lui marque un fort soutien concernant l'Europe : « De Villiers a raison : la France doit quitter l'Europe. »21

En réaction aux indigènes de la République, un rédacteur titrera d'ailleurs « Au secours Philippe ! » 22

Concernant le discours de Philippe De Villiers sur l'islam, un rédacteur précisera (ce qui ne surprendra guère) « Voila un discours qui donne envie d'adhérer au MPF, si ce n'est pas déjà fait »23 On ne s'étonnera donc même pas de voir les responsables de France-Echos participer aux manifestations du MPF24

Sur le forum, de nombreux intervenants se réclament de la tendance villiériste comme lepéniste. Des internautes voient dans l'Agrif (Alliance Générale Contre le Racisme et pour le Respect de l'Identité Française et Chrétienne) un bon moyen de contrer SOS Racisme. L'Agrif dont le président n'est autre que Bernard Antony, catholique traditionaliste du Front National et fondateur du journal Présent. Ce même Bernard Antony qui a inventé l'accusation de « racisme anti-chrétien »25 pour attaquer le blasphème et donc la liberté d'expression. L'Agrif porte régulièrement plainte contre les dessins de Charlie Hebdo. La notion de « racisme anti-chrétien » sera ensuite reprise par les islamistes eux mêmes et adaptée sous le terme « d'islamophobie », preuve par là que les intégrismes, même si France-Echos ne voit que la dangerosité de l'intégrisme musulman, ont tous les mêmes objectifs et sont tous nuisibles.

France-Echos reprend les thèmes de l'extrême droite à savoir la diabolisation de l'immigration et le choc des civilisations et est clairement pro-villiériste. Mais avec tout ça, France-Echos ne serait pas « d'extrême droite » selon ses propres responsables.

FP Blake pourra bien bafouiller que Philippe De Villiers et Jean-Marie Le Pen ne sont pas d'extrême droite mais des représentants de la droite nationale : Xavier Ternisien, journaliste du Monde qui essaye de faire passer la confrérie islamiste des Frères Musulmans pour un mouvement progressiste, ne fait guère davantage illusion.

Il ne faut pas croire que France-Echos peut être un allié dans la lutte contre l'intégrisme ou l'islamisme. Il n'en est pas un.

De la même manière qu'on ne peut s'allier, par anti-impérialisme et anti-sionisme, avec des mouvements intégristes, on ne peut pas combattre l'intégrisme musulman en s'alliant avec des mouvements d'extrême droite aux thèses racistes et dont les composantes chrétiennes intégristes souhaitent elles aussi, à l'instar de leurs homologues musulmans, détruire les libertés individuelles.

Caroline Brancher