Les 11 et 12 décembre à Téhéran, les chercheurs ont été invités à une conférence intitulée "Etudes sur l'Holocauste : perspective mondiale".

D'après le communiqué officiel iranien, cet événement vise à créer des opportunités pour "une recherche scientifique à propos des aspects cachés et non cachés du plus important événement politique du 20e siècle pour qu'il soit plus transparent". Parmi les thèmes retenus pour la conférence : "Antisémitisme, nazisme et sionisme", "Nazisme et sionisme : collaboration ou coopération", "Les chambres à gaz, négation ou confirmation", "L'holocauste et l'exode des juifs en Palestine", "Les lois contre les négationnistes".

Le communiqué officiel ajoute que "cette conférence respecte totalement la religion juive et est loin de toute politisation et propagande", précision utile pour un gouvernement dont le président a appelé à plusieurs reprises à "rayer Israël de la carte", qualifiant par ailleurs l'Holocauste de "mythe". En recevant les participants à la conférence, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a déclaré mardi 12 décembre qu'Israël allait "bientôt disparaître" tout comme l'Union soviétique a disparu. "Lorsque j'ai dit que ce régime va disparaître, j'ai exprimé ce que les peuples avaient dans leur c'ur. Les réseaux du régime sioniste m'ont alors beaucoup attaqué. Mais tout comme l'URSS a disparu, le régime sioniste va bientôt disparaître". Les participants à la très controversée conférence ont ainsi salué le président M. Ahmadinejad pour leur avoir permis d'exposer leurs théories révisionnistes, interdites dans plusieurs pays d'Europe. 67 participants venus de 30 pays, dont certains négationnistes les plus connus d'Europe comme le français Robert Faurisson, ou encore David Duke, ancien chef du mouvement raciste américain du Ku Klux Klan, ont rencontré leur hôte en personne dans la journée du 12 décembre. Michèle Renouf, ancienne reine de beauté australienne et partisane des "sceptiques" de l'Holocauste, a qualifié Ahmadinejad de "héros". Son compatriote Frederik Toben, emprisonné en Allemagne en 1999 pour négationnisme, lui est un fréquent intervenant dans les universités iraniennes. Parmi les participants, deux rabbins ultra-orthodoxes et quatre autres membres du groupe des Juifs Unis contre le Sionisme, qui considèrent Israël comme impie-seul le Messie pouvant selon eux créer un Etat juif- et estiment que l'Holocauste ne devrait pas être utilisé pour justifier la création d'Israël.

Tout comme beaucoup d'antisémites peuvent aujourd'hui s'en sortir en disant qu'ils sont antisionistes, la conférence de Téhéran met ainsi en évidence la possibilité que le négationnisme de l'Holocauste puisse devenir une pensée académique, certes controversée, mais en tout cas acceptée. Le ministre des Affaires étrangères iranien a ainsi affirmé que "l'antisémitisme n'existe qu'en Occident et aucunement dans le monde musulman où les Juifs atteignent des postes haut placés".

Le négationniste Ahmadinejad qui se présente comme le leader de la défense de la cause palestinienne face à Israël, tente encore de faire pression sur la communauté internationale dans des dossiers comme le nucléaire iranien. Il s'agit de prendre au sérieux cette interprétation personnelle de l'histoire, d'autant que la quasi-annihilation des Juifs d'Europe par une nation européenne développée utilisant la meilleure technologie possible, ce dans un temps très court, est régulièrement l'objet de mise en doute et de constantes ré explications.

Nathalie Szuchendler