Emploi, pouvoir d'achat, logement : le problème n°1 des Français qui se montrent par ailleurs massivement satisfaits de leur lieu de vie ; la mixité, une notion protéiforme et à géométrie variable selon l'échelle considérée : si l'immense majorité des Français l'appelle de ses voeux, tous n'en privilégient pas les mêmes formes selon qu'elle est envisagée au niveau de la société, ou au niveau de son voisinage ; enfin, l'insécurité apparaît comme le problème majeur des villes - un phénomène essentiellement imputé aux problèmes d'éducation et d'encadrement. Tels sont les principaux résultats de notre étude réalisée pour Nexity.

La perception des clivages de la société française : les inégalités socio-économiques loin devant les discriminations liées aux origines ou à la religion

Les inégalités socio-économiques, la fracture entre les « riches Â» et les « pauvres Â» constituent la grille de lecture de la société la plus pertinente du point de vue des Français. Pour 76% des interviewés, les différences de revenus sont les inégalités qui posent le plus de problèmes dans la société française aujourd'hui. Cette opinion se révèle consensuelle puisque toutes les catégories de la population placent précisément ces inégalités en tête du palmarès. Viennent ensuite, mais à un moindre niveau, les différences de religion (50%), puis celles de couleur de peau (38%). Les différences d'opinion politique et de diplôme apparaissent comme plus secondaires au regard des inégalités citées précédemment (respectivement 20% et 19% des réponses). Il est par conséquent intéressant de noter combien les inégalités relatives aux origines et aux religions sont désormais loin d'être ignorées mais interviennent en second plan, après les questions socio-économiques et financières.

Emploi, pouvoir d'achat, logement : le cercle vicieux qui constitue désormais le problème n°1 des Français

De façon corrélative, les domaines dans lesquels les inégalités sont estimées comme les plus prononcées sont relatives au revenu : il s'agit d'abord du pouvoir d'achat (55% des répondants estiment que c'est en terme de pouvoir d'achat que les inégalités sont les plus prononcées) et de l'emploi (46%). Le logement arrive en troisième position des domaines dans lesquels les inégalités sont les plus prononcées, cité par 36% des interviewés. Ce triptyque de tête n'est pas surprenant, puisque précisément les Français lient intimement ces trois problèmes, à la fois cause et conséquence les uns des autres : les difficultés d'emploi entraînent la baisse du pouvoir d'achat au même titre que la hausse du prix des loyers ou de l'immobilier.

Les domaines comme la justice, l'accès à un système éducatif de qualité et l'accès aux soins suscitent, aux yeux des Français, moins d'inégalités que les domaines précédents. La focalisation sur les questions du chômage et du pouvoir d'achat ne se dément pas et relègue les autres problèmes à un moindre niveau.

Des Français massivement satisfaits de leur lieu de vie

D'une manière générale, les Français sont satisfaits du quartier ou de la ville dans lesquels ils vivent : 91% en sont satisfaits, dont 45% très satisfaits.

Il apparaît que les propriétaires - dont on sait par toutes les études qu'ils le sont devenus en accomplissant sinon un rêve, tout du moins un des projets majeurs de leur vie - sont davantage satisfaits que les locataires (95% de satisfaits contre 87% pour ces derniers). Les habitants des pôles urbains sont également moins satisfaits de leur quartier de résidence que la moyenne (89%) alors que les habitants des communes périurbaines sont satisfaits à 95%. La satisfaction à l'égard du quartier dans lequel on vit se révèle également sans surprise corrélée au revenu du ménage : les personnes dont le revenu du ménage est supérieur à 3000 euros par mois sont 95% à être satisfaites alors que ce chiffre tombe à 76% pour les individus dont le revenu est inférieur à 800 euros.

La notion de voisins : des périmètres variables qui ont fortement partie liée avec la densité de la population

Plus on habite dans une zone peuplée et plus la notion de voisins est restreinte. Ainsi, les habitants des zones rurales isolées sont bien plus nombreux que la moyenne à entendre par « voisins Â» les personnes habitants dans la même commune qu'eux (28% contre 12% en moyenne) tandis que les habitants de l'agglomération parisienne sont plus nombreux que la moyenne à définir leurs voisins comme les personnes habitant dans le même immeuble qu'eux : 39% contre 29% en moyenne. C'est par conséquent la densité qui structure le plus le périmètre du voisinage.

Des logements sociaux dans son environnement immédiat ? Pourquoi pas, mais une nette préférence pour des logements en accession à la propriété

La construction de logements sociaux est jugée favorablement par une majorité de Français : 67% d'entre eux se disent favorables à la construction de logements sociaux à proximité de chez eux, contre 30% qui y sont opposés. L'arrivée de populations modestes dans son quartier provoque par conséquent un phénomène NIMBY loin d'être négligeable, puisqu'il concerne près d'un Français sur 3. La construction de logements en accession à la propriété est quant à elle davantage souhaitée puisque 83% des Français y sont favorables (15% opposés). Confrontés à l'éventualité de nouveaux arrivants dans les quartiers, les Français privilégient par conséquent en majorité des populations plutôt aisées au détriment de foyers plus modestes.

Les habitants des communes dont le taux de logements sociaux est déjà assez faible sont moins disposés que les autres à accepter des logements sociaux près de chez eux : 40% d'entre eux y sont opposés contre 30% en moyenne. Le statut d'occupation du logement structure également la prédisposition à la construction de logements sociaux puisque 39% des propriétaires - manifestement désireux de voir leur bien prendre de la valeur et inquiets par rapport à l'arrivée de populations moins favorisées dans leur quartier - y sont opposés, contre seulement 18% des locataires. La construction de logements sociaux fait également émerger des clivages politiques, et la préférence partisane structure fortement les opinions : 57% des sympathisants du Front National (FN) et du Mouvement National Républicain (MNR) y sont opposés, comme 38% des sympathisants de l'Union pour la Majorité Présidentielle (UMP), contre 26% des sympathisants de gauche.

La mixité, une belle idée en soi, un projet collectif soutenu par les trois quarts des Français

La mixité, c'est-à-dire le mélange des populations selon des critères comme l'âge, le niveau de revenu, l'origine ethnique ou encore la religion est jugée souhaitable par trois quarts des Français interrogés, confirmant en cela qu'il s'agit d'une belle idée. En revanche, un Français sur cinq pense que le mélange des populations n'est pas souhaitable.

Ces opinions divergentes sont structurées par des clivages nets. Ainsi, les sympathisants du Parti Socialiste sont 88% à juger la mixité souhaitable tandis que ceux de l'UMP ne sont plus que 68. Le revenu est également un facteur influant l'opinion sur le mélange des populations, les plus aisés se montrant davantage favorables à la mixité que les plus modestes : 80% des individus dont le revenu du ménage est supérieur à 3000 euros estiment en effet que le mélange des populations est souhaitable, contre seulement 63% de ceux dont le revenu du ménage est inférieur à 800euros.

La mixité, une notion protéiforme et à géométrie variable selon l'échelle considérée : si l'immense majorité des Français l'appelle de ses voeux, tous n'en privilégient pas les mêmes formes selon qu'elle est envisagée au niveau de la société, ou au niveau de son voisinage

En effet, lorsqu'on demande aux Français quel est le type de diversité à encourager prioritairement dans la société française, c'est le mélange de populations ayant des âges différents, à égalité avec le mélange de population ayant des origines ethniques différentes, qui arrive en première position (27%). Peu après se trouve le mélange de populations ayant des revenus différents (20%) alors que le mélange de populations pratiquant des cultes différents n'est prioritaire pour seulement 11% des Français.

A un niveau plus micro, à savoir le quartier, le mélange de populations ayant des origines ethniques différentes n'est plus jugé prioritaire que par 22% des personnes interrogées, alors que le mélange des générations dans son quartier l'est par 37% d'entre eux. On se rend ainsi compte que la mixité en termes d'origines ethniques est plus un idéal à atteindre dans la société en général qu'une mesure que l'on souhaite voir se concrétiser à côté de chez soi.

Les jeunes générations se montrent davantage prédisposées à encourager le mélange de populations ayant des origines ethniques diverses dans leur quartier (33% des 18-24 ans et 32% des 25-39 ans), que les plus âgés (seulement 13% des 65 ans et +). Inversement, le mélange de population ayant des âges différents leur semble moins prioritaire : 26% des 18-24 ans pensent que c'est ce mélange qu'il faut encourager prioritairement, contre 49% des 65 ans et +.

L'insécurité : le problème majeur des villes

69% des Français considèrent que l'insécurité et la violence sont les problèmes dont il faut s'occuper en priorité aujourd'hui dans les villes, loin devant la pauvreté et les inégalités sociales (55%) et les problèmes d'emploi (49%). D'autres problèmes sont évoqués mais de manière moins systématique : il s'agit de l'échec scolaire (32%), des difficultés d'intégration (26%) et de l'état des logements et des bâtiments (24%). Enfin, à la marge, des problèmes apparaissent comme plus secondaires : le manque de commerce de proximité (9%), le manque d'animation culturelle et de loisirs (7%) ou encore la présence insuffisante de services publics (6%).

Si l'insécurité est aux yeux d'une majorité de Français, le problème majeur des villes, certaines catégories y sont plus sensibles que d'autres : il s'agit des individus âgés de plus de 50 ans (79%), des sympathisants de la droite parlementaire (78%) et des habitants d'espaces ruraux sous influence urbaine (78%). La pauvreté et les inégalités sociales inquiètent quant à elles davantage les cadres et les professions intellectuelles supérieures (68% contre 55% en moyenne) et les sympathisants de gauche (62%). L'état des logements et des bâtiments préoccupe davantage les locataires (31% contre 24% en moyenne).

L'insécurité : un phénomène essentiellement imputé aux problèmes d'éducation et d'encadrement

Si l'insécurité est analysée comme le problème majeur des villes aujourd'hui, celle-ci a plusieurs causes qui constituent elles-mêmes des défis auxquels les villes doivent faire face et qu'il faut donc surmonter pour espérer remédier à l'insécurité.

Ainsi, ce sont les problèmes d'éducation et de scolarité qui sont perçus comme les principales causes de l'insécurité dans les villes, et ce pour 47% des répondants.

Le manque d'encadrement des jeunes constitue la deuxième explication, citée par 37% des Français. Cette opinion est d'ailleurs recensée plus fréquemment parmi les jeunes que dans l'ensemble de la population puisque 57% des 18-24 ans pensent que le manque d'encadrement des jeunes est la principale cause de l'insécurité dans les villes (37% au global).

Les difficultés économiques et sociales des habitants, ainsi que les difficultés d'intégration des populations issues de l'immigration sont identifiées comme des causes de l'insécurité par respectivement 35% et 34% des répondants. Ces opinions sont davantage partagées par les catégories sociales élevées.

La présence insuffisante de la police ainsi que les difficultés d'application des décisions judiciaires semblent secondaires aux yeux des Français puisque seuls 11% d'entre eux les citent comme principales causes de l'insécurité.

Vivre dans les quartiers : un handicap majeur pour s'intégrer dans la société française

Le fait de vivre dans un quartier difficile est considéré comme un handicap pour s'intégrer dans la société française par une très large majorité des Français, à savoir 81%. Ce sont les habitants des communes au taux de chômage assez faible (87%), les professions intermédiaires (88%) et les sympathisants du PS (86%) qui sont les plus nombreux à partager cette opinion.

Les causes profondes des problèmes des quartiers : les maux de la société française dans son ensemble

Les problèmes que connaissent les quartiers en difficulté ont pour cause principale le chômage, pour 67% des Français, et notamment pour les sympathisants de la gauche (73%). La pauvreté vient en second et loin derrière, puisque 39% des répondants la citent comme cause principale des problèmes que connaissent aujourd'hui les quartiers en difficulté. Le manque de perspective pour les jeunes, ainsi que l'insécurité et la délinquance sont considérés respectivement à 26% et 22% comme étant à l'origine des problèmes des quartiers en difficulté. Les quartiers ne se différencient pas en cela de l'ensemble de la société, les problèmes prenant une acuité particulière dans les zones défavorisées.

L'insécurité dans les quartiers : une mise en abyme de l'insécurité dans les villes

De même que l'insécurité était considérée comme le problème majeur des villes, elle est vue comme le problème le plus important dans les quartiers en difficulté par 63% des Français interrogés, alors que les problèmes d'emploi le sont par 56% d'entre eux et la pauvreté par 49%. L'échec scolaire ainsi que les difficultés d'intégration sont perçus comme les problèmes les plus importants dans les quartiers en difficulté par respectivement 38% et 35% des répondants.

Puisque l'insécurité est considérée comme le problème majeur des quartiers en difficulté, il est intéressant de mettre en avant les causes qui lui sont attribuées, afin de voir quels sont, aux yeux des Français, les problèmes auxquels il faut s'attaquer en priorité pour espérer y remédier. De même que les problèmes d'éducation et de scolarité sont vus comme les causes majeures de l'insécurité dans les villes, ils le sont aussi dans les quartiers en difficulté. Ceux-ci apparaissent alors comme un microcosme dans les villes, dans lesquels les problèmes ne sont pas différents mais seulement exacerbés. Les causes de l'insécurité dans ces quartiers en difficulté sont similaires de celles de l'insécurité dans les villes, à savoir, outre les problèmes d'éducation, le manque d'encadrement des jeunes (37%), les difficultés d'intégration des populations issues de l'immigration (32%) et les difficultés économiques et sociales des habitants (32%).

Les émeutes en banlieue, un an après : l'expression d'un malaise profond qui n'a permis ni une prise de conscience suffisante, ni des décisions efficaces

Huit Français sur dix pensent que les émeutes de l'automne 2005 sont l'expression d'un malaise profond et ne constituent pas un événement exceptionnel, ce qui laisse à penser celles-ci peuvent se reproduire. La vision des émeutes est structurée par un clivage idéologique : ainsi, les sympathisants de la droite parlementaire pensent davantage que la moyenne que les émeutes constituent une explosion exceptionnelle (23% contre 16% en moyenne) alors que les sympathisants de gauche sont plus nombreux que la moyenne à les considérer comme l'expression d'un malaise profond. Tous partagent toutefois un diagnostic commun sur des évènements dont les racines sont profondes.

Pour une majorité de Français (52%), ces émeutes n'ont pas permis une prise de conscience de la nature et de l'ampleur des problèmes des quartiers par les responsables politiques. Les sympathisants de droite et les individus âgés de 65 ans sont plus amènes tandis que les jugements des jeunes générations se caractérisent par une plus grande sévérité.

Les Français ne sont qu'un tiers à considérer que des mesures ont été prises pour améliorer la situation de ces quartiers. On retrouve sur cette question les mêmes clivages que pour la question précédente, à savoir que les sympathisants de la droite parlementaire et les 65 ans et + sont plus nombreux que la moyenne à considérer que les émeutes ont conduit les responsables politiques à prendre des mesures.

Au total, malgré les émeutes, le problème des quartiers reste, du point de vue des Français, entier.

Sarah Basset

Fiche technique

Enquête réalisée les 11 et 12 octobre 2006 auprès d'un échantillon national de 1010 personnes représentatif de l'ensemble de la population française âgée de 18 ans et plus, interrogées en face à face. Méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage PCS). Stratification par région et catégorie d'agglomération. Questionnaire conçu sur la base des résultats de l'étude qualitative (7 réunions de groupe, 12 entretiens individuels conduits en juin 2006).

http://www.tns-sofres.com/etudes/pol/201106_villes.htm