Reporters sans frontières exprime son inquiétude après qu'une foule en colère a brûlé, le 13 octobre 2006 à Buro (Somaliland, Nord) plus d'un millier de copies du quotidien indépendant Haatuf, sous prétexte qu'il publie des informations critiquant les tribunaux islamiques basés à Mogadiscio.

"L'autodafé d'un journal est un acte grave, qui doit être condamné unanimement par ceux qui se targuent d'être les garants de la paix en Somalie. Les autorités du Somaliland doivent prendre des mesures pour identifier et sanctionner les commanditaires de cet anathème public. De leur côté, ceux qui ont manipulé cette foule en colère doivent comprendre qu'il s'agit d'un acte inadmissible et dangereux. La critique est un droit inaliénable que l'on ne supprime qu'à ses dépens", a déclaré Reporters sans frontières.

Le 13 octobre, une centaine de personnes ont mis le feu à plus d'un millier de copies du quotidien Haatuf sur une place de Buro, deuxième ville de l'Etat autoproclamé du Somaliland (Nord), indépendant de fait depuis 1991. Ils entendaient protester contre les informations publiées par le journal critiquant l'Union des tribunaux islamiques, un mouvement politico-religieux qui règne depuis l'été 2006 sur Mogadiscio et sur deux tiers des provinces du pays. Selon l'organisation partenaire de Reporters sans frontières, la National Union of Somali Journalists (NUSOJ), citant des journalistes somalilandais, la foule avait répondu à l'appel de dignitaires religieux locaux ayant des liens avec les tribunaux islamiques.

La NUSOJ précise également que la rédaction de Haatuf avait reçu plusieurs appels téléphoniques anonymes menaçant d'incendier les bureaux du journal à Hargeisa, la capitale du Somaliland. La direction du journal, l'un des plus diffusés sur l'ensemble du territoire somalien, avait alors décidé de publier les messages menaçants et les numéros de téléphone de leurs auteurs.

"Il s'agit d'une première dans l'histoire de la Somalie. Jamais un journal n'avait été victime d'un autodafé sur le territoire de notre pays", a déclaré à Reporters sans frontières Omar Faruk Osman, secrétaire général de la NUSOJ.