Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a qualifié, mardi 10 octobre, le projet de loi français, qui prévoit de réprimer la négation du génocide arménien, d'"éclipse de la raison" et a invité Paris à se pencher plutôt sur son passé colonial.

Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a écarté tout recours à la loi du talion. "On ne nettoie pas la saleté avec la saleté", a-t-il déclaré, mardi, devant son groupe parlementaire AKP (islamiste-conservateur). Mais il n'a pas manqué de récuser les "trois conditions" soumises par Nicolas Sarkozy pour un abandon du projet français, en soulignant que la France était mal placée en la matière, en raison de son passé colonial. Concernant l'abrogation de l'article 301 du code pénal turc (visant les "insultes à l'identité turque" comme l'usage des mots "génocide arménien"), M. Erdogan, qui a tenté de le soumettre pour révision au Parlement, a répondu que le projet français était tout aussi "liberticide".

Concernant l'ouverture de la frontière avec l'Arménie, il a demandé que celle-ci fasse d'abord preuve de bonne volonté. Au sujet de la troisième condition - élargir à d'autres que des historiens turcs et arméniens une commission chargée d'étudier les faits en question -, M. Erdogan a répondu qu'il s'agissait d'une initiative turque, à laquelle Erevan s'était opposée. Le commissaire européen à l'élargissement Olli Rehn l'avait qualifiée de "pas importante".