Reporters sans frontières exige des milices de l'Union des tribunaux islamiques (UTI) présentes à Kismayo qu'elles laissent travailler en paix la station privée HornAfrik, dont trois journalistes ont été brièvement arrêtés le 29 septembre 2006 et menacés de sanction s'ils évoquaient les activités de l'UTI.

"Dans la logique de guerre qui prévaut aujourd'hui en Somalie, les journalistes sont des proies faciles pour ceux qui veulent contrôler l'information. Les tribunaux islamiques, malgré leurs engagements, ont déjà à plusieurs reprises fait preuve de leur volonté de surveiller et de punir les médias qui les dérangent. Les faits existent et le rôle de la presse est de les faire connaître au plus grand nombre. Sanctionner, arrêter ou menacer des journalistes ne les fera pas disparaître pour autant", a déclaré Reporters sans frontières.

Le 29 septembre vers 11 heures, les milices de l'UTI à Kismayo ont arrêté trois journalistes de HornAfrik, Sahro Abdi Ahmed, Layla Sheik Ismail, également correspondante de la chaîne de radiotélévision privée du Puntland Somali Broadcasting Corporation (SBC), et Adam Mohammed Salad, également correspondant de la station privée du Puntland Radio Daljir, a appris Reporters sans frontières auprès de l'un de leurs confrères. Les miliciens fidèles aux tribunaux islamiques sont également à la recherche du journaliste Hassan Mohammed Nur, et Nasteh Dahir Farah, directeur de l'antenne locale de la radio, entrés immédiatement en clandestinité. Les trois journalistes ont été libérés quelques heures plus tard, après avoir reçu l'ordre de ne plus évoquer les tribunaux islamiques.

La veille, vers 18 heures, des miliciens s'étaient présentés à l'antenne locale de la radio HornAfrik en réclamant les clés des locaux, selon l'organisation partenaire de Reporters sans frontières en Somalie, la National Union of Somali Journalists (NUSOJ). Le directeur ayant refusé de se soumettre à l'injonction, les miliciens ont coupé le générateur d'électricité et se sont postés aux alentours.

Les miliciens de l'UTI ont affirmé être intervenus après que la radio avait diffusé des propos d'habitants de Kismayo hostiles à leur encontre et évoqué les troubles qui secouent Kismayo depuis le 24 septembre, date de leur entrée dans la ville. De nombreux habitants de la troisième ville du pays sont défavorables à la présence ostentatoire et aux restrictions imposées par les miliciens, qui ont notamment remplacé le drapeau somalien et tiré sur la foule lors de manifestations populaires, tuant un enfant de 13 ans.