Le 20 septembre sur la chaîne al-Jazira, Le cheikh islamiste Youssef al-Qaradawi a profité de son immense audience pour désigner le philosophe Robert Redeker comme l'islamophobe du moment. Ce n'est pas rien lorsqu'on connaît l'influence du cheikh et l'extrême susceptibilité de certains de ses auditeurs. En cause, un article paru dans Le Figaro sous le titre "face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?".

L'effet a été immédiat. Cet article avait déjà été censuré en Tunisie, il l'a été aussi en Egypte. Le gouvernement égyptien a en effet interdit à la vente des numéros récents du Figaro, du Frankfurter Allgemeine Zeitung ainsi que The Guardian weekly. Au motif qu'ils contiendraient des articles affirmant que l'islam s'était imposée par la violence, et décrivant son prophète Mahomet comme un polygame et un tueur de juifs.

Une fois de plus, les dictateurs et les fanatiques répondent donc à leurs adversaires par la censure voire la menace. Cette façon de "dialoguer" n'est pas acceptable. C'est pourquoi nous soutenons le droit de Robert Redeker à s'exprimer, sans être censuré ni menacé. Son texte, aucun texte, ne mérite une fatwa mondiale.

Nous avons choisi de le publier pour que chacun puisse donc débattre au lieu de s'entretuer. Et ce même si nous ne partageons pas l'amalgame entre Islam et intégrisme musulman. Nous avons déjà soutenus ceux qui faisaient le procès de l'intégrisme chrétien en allant jusqu'à égratigner le christianisme lui même, pourquoi faire exception dans le cas de l'islam ? Il ne faut pas céder à la lâcheté - fort répandue - consistant à nier le fait que le Coran contient des enseignements et des anecdotes violentes (le texte de Redeker a raison et a le courage de le rappeler). Par contre, nous refusons d'accréditer l'idée selon laquelle le Coran serait le seul texte religieux à contenir des enseignements violents. Il faut relire l'ancien et le nouveau testament... Toutes les religions sont instrumentalisables pour le pire.

Ecrire que seul la figure même de Mahomet incite à la violence doit être permis. Mais elle tend à favoriser une vision essentialiste, toujours propice aux raccourcis racistes. Au risque d'amalgamer les musulmans résistant à l'intégrisme et ceux cédant au fondamentalisme violent. Or ce sont eux que nous devons soutenir. Même si, il faut bien l'avouer, résister à cet amalgame devient chaque jour plus intenable. Comment s'étonner que, même parmi les philosophes les plus éclairés, la confusion grandisse... lorsque la voix des fanatiques se revendiquant de l'Islam se fait aussi assourdissante et menaçante ? Voilà bien leur objectif. A force de répondre à la plume par la flamme, les fanatiques finiront bien par allumer la "guerre des civilisations". Ce choc que les démocrates de tous bords veulent combattre mais que les extrémistes de tous bords désirent plus fort qu'eux. Au milieu des fous, les démocrates doivent donc s'unir pour défendre non pas l'Islam contre l'Occident mais le droit à l'esprit critique contre le fanatisme. Ce qui passe par soutenir le droit de Robert Redeker à mettre en cause l'Islam et non seulement l'intégrisme. Mais aussi par le fait de ne pas confondre "soutien pour le principe" avec renoncenement à ses nuances ou à son esprit critique.

Caroline Fourest