Ce sera donc un procès hautement symbolique et politique. Pour avoir seulement osé reproduire les douze dessins danois ayant déclenché l'ire de fanatiques au quatre coins du monde (exactement comme d'autres ont à juste titre reproduit les propos de Jean-Paul II pour que chacun comprenne l'objet de la polémique), Charlie hebdo est traîné au tribunal par La Mosquée de Paris, l'UOIF et la Ligue islamique mondiale.

Beau trio. La Mosquée de Paris a longtemps hésitée et ne s'est ralliée à cette plainte par peur de laisser l'UOIF incarner l'Islam de France. Elle est défendue par Me Francis Szpiner, un très proche de Jacques Chirac, qui envoie au passage un message fort diplomatique à l'égard de certains pays. Quant à la Ligue islamique mondiale, qui finance le wahhabisme et donc le fanatisme dans le monde, elle s'est invitée au dernier moment pour maintenir le leadership de l'Arabie Saoudite face à l'Iran en incarnant l'Islam en guerre contre la laïcité décadente.

Mais puisqu'aucune loi en France ne permet - encore - de punir le blasphème, ce sera au prétexte du racisme anti-Islam. Philippe Val est donc, en tant que directeur de la publication, poursuivi pour «injure envers un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée» (art. 48 de la loi de 1881). Alors que Charlie Hebdo est un journal antiraciste, que la "une incriminée" ne vise que les intégristes, qu'elle dissocie justement l'Islam et les musulmans des "cons" fanatiques, et que d'autres caricatures critiquent les symboles d'autres religions.