Shanin Abdull Rahman, travailleur émigré bangladeshi, a été condamné, d'après le Khaleej Times, grand quotidien publié à Dubaï et contrôlé par Galadari Printing and Publishing Llc, à la peine capitale par lapidation après avoir été reconnu coupable d'adultère. Ce dernier a été dénoncé par l'employeur de sa maîtresse, Asmaa Bikham Bijam, alors qu'il s'était introduit dans la maison où elle travaillait pour la rejoindre.

Aux Emirats Arabes Unis, la loi est basée sur le Coran et la justice applique la charia, l'homme a été condamné à la peine capitale et la femme à un an d'emprisonnement et 100 coups de bâton. Cette femme n'a pourtant pas commis de crime, car étant célibataire, son seul tort est d'avoir eu une liaison avec un homme marié. D'après les lois de l'Emirat, une condamnation à la peine capitale ne peut être appliquée que si l'accusé plaide coupable et si quatre personnes sont témoins de l'acte qui lui est reproché. Rahman s'est défendu en rappelant qu'il n'avait pas eu le droit de faire venir sa femme dans le pays ; en effet, les travailleurs étrangers provenant de pays tels que le Bangladesh, le Pakistan ou l'Inde sont la plupart du temps séparés de leur famille. Des employeurs vont les chercher dans leur pays et les amènent sur le sol des Emirats, leur promettant argent et regroupement familial. Malheureusement, une fois arrivés, on les « prend en otage Â» en leur retirant leur passeport, les fait travailler pour des sommes d'argent dérisoires et ne permet pas à leur famille de les rejoindre. Ainsi, certains travailleurs immigrés ne sont pas autorisés à voir leur famille pendant des années, et ce contre toutes règles, traités et lois internationaux relatifs aux droits de l'Homme.

Cette condamnation n'est pas passée inaperçue au niveau international et a suscité l'intérêt de Human Right Watch et Amnesty International qui, étant opposés à la peine capitale dans toutes les circonstances, ont demandé l'amnistie et enclenché une initiative globale contre de telles pratiques. Le ministère de la Justice émirati s'est défendu auprès du "Khaleej Times" et a expliqué que les Emirats Arabes Unis n'appliquaient plus la peine de mort par lapidation suite à une condamnation récente du tribunal, invoquant le fait que ce type de jugement était symbolique. Les experts du ministère ont annoncé que l'accusé aurait une condamnation moins sévère, et serait même peut-être acquitté, s'il faisait appel et retirait ses aveux.

La semaine dernière, le Comité de législation, présidé par Mohammed bin Nakhira Al Dhahiri, Ministre de la Justice, a annulé la condamnation à la peine de mort par lapidation pour de telles infractions et a demandé aux juges d'éviter de telles sanctions pour des délits mineurs. En effet, un grand nombre de juges condamnaient des accusés à la flagellation dans des cas où seule une amende ou une légère peine de prison était nécessaire. D'après le Docteur Mohammed Mahmoud Al Kamali, directeur général de l'institut judiciaire, la flagellation est devenue si populaire auprès des juges qu'ils n'hésitent pas à l'appliquer dans des affaires de trafic ou des cas juvéniles.

Emmanuelle Quintaine