Le ministre de la Santé vient d'annoncer le classement du Subutex comme produit stupéfiant.

La raison invoquée est l'ampleur du trafic et le détournement de ce médicament prescrit en substitution aux personnes dépendantes aux opiacés.

Mais qu'en est-il réellement de ce détournement et de ce trafic qui justifient cette décision. Ici il est question de 20%, là de 30%. Le Conseil national du sida parle lui de 2% et à Paris ce chiffre est estimé à 10%.

Il serait pour le moins judicieux, avant toute décision, de connaître la vérité des chiffres et de procéder de manière sérieuse et objective à une évaluation des risques/bénéfices.

D'autant que les mesures prises par la Caisse nationale d'assurance maladie à l'encontre des usagers qui pratiquent le nomadisme pour obtenir plusieurs prescriptions commencent à porter leurs fruits. Fallait-il donc se précipiter vers une telle mesure ?

On ne peut s'empêcher de rapprocher cette décision de l'attaque en règle menée depuis plusieurs années par les opposants à la politique de réduction des risques.

Pourtant la politique de réduction des risques liée à l'usage des drogues, à laquelle souscrit la Mairie de Paris, a eu un impact positif en terme de santé publique avec une diminution spectaculaire des décès par overdose et une chute tout aussi spectaculaire des contaminations au VIH, mais aussi en terme de sécurité publique permettant une baisse de la criminalité liée au trafic d'héroïne et la réinsertion de milliers d'usagers.

Notre pays s'honore, en favorisant la substitution avec le Subutex, d'avoir osé le choix d'un produit maniable, prescrit en ville, démultipliant ainsi l'accès aux traitements de substitution.

Le classement en produit stupéfiant du Subutex, utilisé aujourd'hui par près de 90 000 usagers de drogues, risque d'en rendre l'accès plus difficile et obligera ceux qui le détiennent à justifier en permanence leur statut d'usager de drogue. C'est à la fois une discrimination et une stigmatisation.

C'est la raison pour laquelle, tout comme l'a exprimé le 3 mai le Conseil national du sida, je déplore une décision qui répond à une question de santé publique par une mesure d'ordre répressif. Rendre plus difficile l'accès aux traitements de substitution risque d'aggraver l'état sanitaire et social des usagers de drogue et renforcer le trafic pour se les procurer.

Alain Lhostis, adjoint chargé de la santé et des relations avec l'AP-HP