Succès après les protestations : Sistani retire sa fatwa "mort aux gays". Il doit maintenant condamner les meurtres homophobes et les abandonner sa fatwa contre les lesbiennes
IrakLes Gays Irakiens se réjouissent de leur victoire après la décision du Grand Ayatollah Ali al-Sistani de retirer de son site internet la fatwa appelant à tuer les homosexuels « de la pire et la plus sévère manière possible ».
Ce retrait, le 10 mai, fait suite aux protestations envoyées à Sistani depuis le bureau londonien de l'organisation des droits des gays irakiens, Iraqi LGBT, qui représente un réseau clandestin de militants gays et lesbiens vivant au sein des principales villes irakiennes, dont Bagdad, Najaf, Karbala, Hilla, Duhok et Basra.
Après deux semaines de négociations avec Iraqi LGBT-UK, le bureau de Sistani a accepté de retirer la fatwa appelant au meurtre des hommes gays, mais curieusement, a refusé d'ôter la fatwa encourageant à punir les pratiques lesbiennes.
Au départ, le bureau de Sistani avait demandé que Iraqi LGBT-UK enlève sa critique de Sistani de son site et présente des excuses au Grand Ayatollah pour avoir remis en cause son autorité religieuse.
Iraki LGBT-UK a refusé. L'organisation a demandé en réponse que Sistani enlève de son site sa fatwa ‘mort aux gays'. Après deux semaines de négociations parfois tendues, les représentants de Sistani à Londre et à Najaf ont accepté d'ôter du site la fatwa homophobe - sauf pour le paragraphe appelant à punir les pratiques lesbiennes.
« Nous accueillons la décision de retirer du site internet la partie de la fatwa de Sistani qui présente l'homophobie la plus meurtrière » explique un réfugié gay irakien Ali Hili, qui dirige l'organisation Iraqi LGBT-UK. M Hili est également le porte-parole chargé du Moyen-Orient de l'organisation britanique OutRage !, qui a travaillé en étroite collaboration avec Iraqi LGBT-UK.
« Cette décision ne va pas assez loin. La fatwa a seulement été retirée du site internet. Elle n'a pas été révoquée. Nous voulons le retrait de la fatwa dans son intégralité, y compris l'appel haineux à punir les lesbiennes.
Iraqi LGBT-UK demande à Sistani des excuses et la révocation de sa fatwa appelant au meurtre des homosexuels, ainsi que la publication d'une nouvelle fatwa condamnant toute violence, y compris les attaques miliciennes organisées contre les gays et les lesbiennes.
« Nous pensons que la fatwa de Sistani a encouragé en l'approuvant la vague actuelle d'assassinats de lesbiennes et de gays. Il doit des excuses aux gays irakiens. Il doit des excuses à tous les irakiens pour avoir dressé les hétérosexuels contre les homosexuels.
« Se rendre responsable du meurtre d'un autre être humain est contraire à l'Islam. Notre foi musulmane est faite d'amour, de compassion, de tolérance et de pitié. La haine et les préjugés n'ont aucune place légitime dans notre religion.
« Les encouragements de Sistani à la violence homophobe ont montré une image négative de la foi en l'Islam et des Musulmans.
« Iraqi LGBT-UK considère Sistani comme personnellement responsable des meurtres des lesbiennes, des gays, des bisexuelLEs et des personnes trans en Irak. Il donne aux assassins des encouragements et une approbation théologiques » explique M Hili.
« Nous saluons nos amis et alliés irakiens gays. Ils ont assuré une victoire très significative », a ajouté Peter Tatchell de OutRage !
« C'est grâce à leur ténacité que la fatwa meurtrière de Sistani n'est plus accessible au public sur son site internet » a ajouté M Tatchell. Contexte « Les témoignages que nous avons reçus de nos contacts gays clandestins à travers l'Irak indiquent une augmentation des menaces, intimidations et violences homophobes causées par les disciples fondamentalistes de Sistani. Ces attaques se sont intensifiées depuis que Sistani a décrété sa fatwa anti-gay » poursuit Ali Hili.
« Le Grand Ayatollah Sistani est le chef spirituel des musulmans chiites en Irak et partout dans le monde. Il est également le chef spirituel du mouvement fondamentaliste le plus important d'Irak, le Conseil Suprême pour la Révolution Islamique en Irak (SCIRI) qui joue un rôle de premier plan dans le gouvernement irakien.
« Le bras armé du SCIRI est le Badr corps , qui est responsable de la plupart des violences sectaires et fondamentalistes dans l'Irak actuel.
Le Badr Corps est une organisation terroriste qui utilise des méthodes terroristes contre les dissidents politiques , religieux , sexuels ou ethniques. On le retrouve derrière la plupart des violences en Irak, qu'il s'agisse d'attentats suicide à la bombe, de kidnappings ou de meurtres de Sunnites , de chiites modérés, de syndicalistes, de défenseurs de droits des femmes, d'homosexuels ou de partisans de la laïcité.
Le gouvernement irakien consulte régulièrement Sistani sur les questions politiques sociales ou morales. Il exerce une influence importante sur la conduite du gouvernement et sur l'opinion publique chiite.
Sistani n'est même pas irakien. C'est un iranien qui s'est désigné lui-même comme leader religieux en Irak. Il veut imposer une théocratie de style iranien au peuple irakien.
Le gouvernement britannique a payé le traitement médical de Sistani en Angleterre en 2004 et le considère comme un chef musulman respecté.
Malgré les récits de meurtres commis par le Badr, le Royaume Uni permet au SCIRI d'avoir des bureaux et de bénéficier de financements.
Le Badr Corps a lancé une chasse aux sorcières contre les lesbiennes et les gays irakiens y compris par des violences physiques, des enlèvements et des assassinats.
Les agents du Badr utilisent un réseau d'informateurs qui, entre autres choses, dénoncent les personnes suspectées de « comportement immoral ».Ils tuent les gays, les femmes non voilées, les prostitué(e)s, les gens qui vendent ou boivent de l'alcool, ceux qui écoutent de la musique ou suivent la mode occidentale.
Les militants du Badr tendent des pièges aux gays via Internet et les chats. Ils arrangent une date, puis tabassent et tuent la victime.
Les hommes célibataires atteignant l'âge de 30-35 ans sont placés sous surveillance et suspectés d'être gays, tout comme les hommes efféminés. On va enquêter sur eux et leur conseiller de se marier. Le Badr va leur donner un mois pour changer de comportement. S'ils ne le font pas ou s'ils ne parviennent pas à démontrer qu'ils vont se marier, ils vont être arrêtés, disparaître et finalement seront retrouvés morts. Les corps sont souvent découverts avec les mains attachées derrière le dos, les yeux bandés et une balle logée dans la nuque.
Nos sources en Irak signalent les meurtres des hommes gays et bisexuels suivants. Tous ces meurtres portent les marques du style d'exécutions pour lesquels le Badr est désormais connu.
Ces assassinats sont quelques uns parmi ceux dont nous avons eu connaissance. Ils sont la partie émergée de l'iceberg des exécutions sommaires liées à des motivations religieuses. Les gays irakiens vivent dans la peur d'être découverts et tués. »
Karim, 38 ans, a survécu à une attaque à la grenade dans sa maison d'Al-Jameha, un quartier de Bagdad, en 2004.Cette agression par des membres du Badr l'a défiguré et l'a laissé avec des éclats d'obus dans le corps. Simultanément, le Badr Corps a tué son partenaire, Ali, dans sa maison, alors qu'il essayait de fuir.
Haydar Faiek, 40 ans,un irakien transsexuel, a été frappé par les milices du Badr et est mort brûlé vif dans la rue principale d'Al Karada, un quartier de Bagdad., en septembre 2005.
Sarmad et Khalid, un couple vivant dans le quartier d'Al Jameha, ont été dénoncés par des inconnus .Ils ont été enlevés par les Badr en avril 2005.Leurs corps furent retrouvés deux mois plus tard, en juin, ligotés, les yeux bandés et tués d'une balle dans la nuque.
Naffeh, 45 ans, a disparu en août 2005 .Sa famille a été informée qu'il avait été enlevé par les Badr. Son corps fut retrouvé en janvier 2006, avec les mêmes marques que les autres victimes.
Ammar, 27 ans, fut enlevé, sans doute par les Badr, et tué d'une balle dans la nuque à Bagdad en janvier 2006.
Bashar, un acteur de 34 ans vivant à Bagdad, a dû se cacher après avoir reçu des menaces de mort contre lui et sa famille. Sa maison fit plusieurs fois l'objet de descentes de la part des Badr .Heureusement, il n'était pas chez lui, sans quoi il pense qu'il aurait été kidnappé et tué .
Ci après le texte de la fatwa du Grand Ayatollah Sistani appelant au meurtres des homosexuels, tel qu'il apparaissait sur son site avant d'être supprimé le 10 mai 2006. Dans la section « Istiftaat » au mot « lewat » qui signifie « sodomie » se trouve la question 5 : « Quel est le jugement pour la sodomie et le lesbianisme ? » Réponse : C'est interdit et puni par la mort. Les personnes impliquées doivent être tuées de la manière la plus sévère et la plus dure possible.

Pour plus d'informations : Ali Hili à Londres Mobile : + 44 (0) 79 819 594 53 Email : iraqilgbt@yahoo.co.uk Weblog : http://iraqilgbtuk.blogspot.com/
Traduction et adaptation : Solidarité Internationale LGBT-http://www.si-lgbt.org/
Source : solidarité irak