Ci-joint un résumé rédigé par B. Sansal de la carrière de "Poste restante, Alger" en Algérie, aujourd'hui interdit de diffusion. Dans un précédent mail, Boualem précisait que son livre étant sur liste noire, il devient désormais un délit de l'acheter et de le faire circuler (cependant les photocopieuses, dit-il, fonctionnent à plein régime!)

« Poste restante Alger » sous-titré « lettre de colère et d'espoir à mes compatriotes » a été publié en mars 2006 par Gallimard. Dans l'ensemble, il a été bien accueilli en France par la critique et les lecteurs.

C'est par la presse française distribuée en Algérie et notamment par Le Nouvel Observateur qui lui a consacré deux pages dans le N° 2158 du 16 au 22 mars 2006, et Jeune Afrique qui en fait une présentation suivie d'une interview de quatre pages dans le N°2359 du 26 mars au 1er avril 2006, que les Algériens ont appris la parution de Poste restante et les grandes lignes de son contenu. Les journaux qui ont pu obtenir des exemplaires par leurs correspondants à Paris en ont fait la critique.

Je cite les papiers en ma possession : - Dans son tirage du 23 mars 2006, El Watan, l'un des tout premiers journaux algériens d'expression française, lui a consacré un quart de page à la une. Lhttp://www.prochoix.org/cgi/blog/ecrire/images/bt_strong.png'article se termine par cette phrase : Lisez-là (la lettre) et surtout faites-là lire, parce que l'Algérie ne peut rester pas comme ça. - Dans son tirage du 24 mai 2006, en un page entière, le même journal publie la réponse d'un universitaire et collaborateur du journal qui commence ainsi : Votre livre est à lire, à relire, il faudrait même qu'il le soit en boucle. - Le 25 avril, le journal arabophone El Khabar livre à ses lecteurs, sans autre explication, ce qui se veut un scoop : Le livre de Boualem Sansal, ‘Poste restante Alger' est interdit de distribution en Algérie. A partir de là, les rumeurs les plus incroyables se sont mises à circuler et à enfler, comme s'il y avait un moteur derrière. - Au début du mois de mai, le journal Liberté, d'expression française, dans un article d'une page consacré au salon du livre de Genève (25 avril-2 mai) dont l'Algérie était l'invitée d'honneur, apprend à ses lecteurs que notre ministre de la culture, Mme Khalida Toumi, aurait déclaré : « Il est hors de question que je touche la main d'un écrivain qui ose affirmer que la guerre de libération n'a pas fait un million et demi de martyrs ». Elle aurait lancé cela en m'apercevant devant le stand de l'Algérie qu'elle venait visiter accompagnée d'une forte délégation. Je me suis souvenu l'avoir vue rebrousser chemin mais sur le coup je n'avais pas compris que son geste devait tout à ma présence sur son chemin. Nous avions pourtant, jusque-là, des contacts très cordiaux.

Poste restante a été importé en Algérie par EDIF2000, une société algérienne privée d'édition et de diffusion. L'importation de livres en Algérie est soumise à visa préalable délivré par la direction du livre du ministère de la culture. Le gérant d'EDIF a introduit sa demande à la mi-mai. Ne voyant pas venir de réponse, il s'est présenté au ministère de la culture, et là, il lui a été signifié verbalement que le visa ne lui serait pas accordé.

Il est évident que la décision d'interdire Poste restante a été prise à d'autres niveaux, le ministère de la culture n'a eu pour mission que de la notifier verbalement.

Boualem Sensal